La NAC (N-acétyl-cystéine)

Sommaire

La NAC (N-acétyl-cystéine) est un supplément nutritionnel utilisé par certaines personnes vivant avec le VIH, généralement dans le cadre d’un régime antioxydant. La NAC se prend habituellement deux ou trois fois par jour et se vend sous forme de capsules ou de comprimés dans certains magasins de produits de santé. La NAC est également disponible sur ordonnance sous forme de liquide dans les pharmacies.

Qu'est-ce que la NAC?

La NAC est un supplément nutritionnel utilisé par certaines personnes vivant avec le VIH. NAC veut dire N-acétyl-cystéine, et ce supplément ressemble à l’acide aminé cystéine. La prise de la NAC aide à accroître la quantité d’un composé protecteur appelé glutathion (GSH) dans le corps.

Comment la NAC agit-elle?

Avant d’expliquer le mode d’action de la NAC, il est important de fournir des renseignements de base sur le GSH.

Le GSH est un composé que l’organisme fabrique à partir de divers nutriments, dont l’acide aminé cystéine. Le GSH est la principale ligne de défense du corps contre les substances nocives. Les résultats de plusieurs études laissent croire que les besoins en GSH du corps des personnes vivant avec le VIH excèdent l’approvisionnement. Un taux de GSH inférieur à la normale peut perturber le fonctionnement des cellules immunitaires et rendre le corps plus sensible aux effets toxiques de certains médicaments. Lorsque le corps ne dispose pas de suffisamment de cystéine pour fabriquer du GSH, il se met à dégrader les muscles, lesquels sont riches en protéine, pour trouver les nutriments nécessaires pour fabriquer du GSH. La NAC agit comme source de cystéine et stimule la production de GSH.

Pourquoi certaines personnes vivant avec le VIH utilisent-elles la NAC?

1. Comme antioxydant et pour aider à réduire l'inflammation

Vers la fin des années 80, les chercheurs ont découvert que les personnes vivant avec le VIH étaient susceptibles d’avoir un taux élevé de composés appelés « radicaux libres » dans leur corps. Ces composés endommagent les cellules d’une manière qui ressemble beaucoup à l’effet de la rouille sur une voiture. Certaines personnes séropositives prennent de la NAC dans le cadre d’un régime antioxydant afin de contrer les dommages causés par un taux élevé de radicaux libres. La NAC fait encore l'objet d'essais cliniques auprès de personnes vivant avec le VIH, entres autres dans l'étude Maintain qui se déroule au Canada. Les quantités excessives de radicaux libres peuvent également donner lieu à un taux d’inflammation supérieur à la normale. Un taux d’inflammation élevé et persistant risque d’endommager des systèmes organiques majeurs. Lors d’une étude pilote, on a trouvé que la prise d’un supplément de NAC et de l’acide aminé glycine réduisait considérablement et rapidement l’inflammation excessive chez un petit groupe d’hommes vivant avec le VIH. L’étude en question n’a porté que sur 10 hommes, a utilisé des doses très élevées de NAC et a duré deux semaines. Des études de plus grande envergure et de plus longue durée seront nécessaires pour confirmer ces résultats.

2. Pour maintenir le taux de GSH et la masse musculaire

Les personnes séropositives, qu’elles prennent une combinaison de médicaments anti-VIH puissants ou pas (couramment appelée TAR), sont sujettes à des pertes d’acides aminés soufrés cruciaux comme la cystéine et la méthionine. Il est possible que les suppléments de NAC aident à remplacer la cystéine perdue, à maintenir le taux de protéine et à contrer la fonte musculaire. L’ensemble de ces bienfaits pourrait expliquer les résultats d’une étude américaine lors de laquelle on a constaté que les suppléments de NAC prolongeaient la survie de jusqu’à trois ans lorsqu’ils étaient administrés à raison de 4 grammes par jour en moyenne (on parle ici de la période précédant l’arrivée de la TAR). Comme l'étude en question a poussé de nombreuses personnes séropositives à utiliser la NAC, il pourrait être utile de revoir brièvement ses résultats.

Au début des années 90, des chercheurs à l'Université Stanford en Californie ont mené pendant huit semaines une étude randomisée, contrôlée contre placebo, sur la NAC chez des personnes vivant avec le VIH. Ils ont utilisé une dose de NAC d'environ 4 400 mg par jour. Après la période initiale de huit semaines, tous les participants pouvaient continuer à prendre de la NAC pendant six mois. Les chercheurs ont recueilli des données sur la survie des participants pendant plusieurs années après l'arrêt du traitement par la NAC. Ils ont constaté que ce supplément augmentait considérablement le taux de GSH dans les cellules CD4+. Toutefois, la NAC n'a pas causé d'augmentation importante des comptes de CD4+. De plus, les données laissaient croire que les personnes recevant de la NAC avaient deux fois plus de chances de survivre au cours des deux années suivantes, comparativement aux personnes n'ayant jamais utilisé de NAC. À l’époque de cette étude, la TAR n'existait pas, et la majorité des participants prenaient AZT (zidovudine, Retrovir), avec ou sans un autre analogue nucléosidique. Compte tenu de la conception de l’essai en question, il n'est pas possible de tirer des conclusions fermes quant aux effets de la NAC sur la survie dans le contexte de l’infection au VIH, et il importe de noter qu'une grande proportion de patients recevant la NAC ont fini par mourir. Il n’empêche que cet essai a suscité beaucoup d'intérêt pour l'utilisation des antioxydants.

À l’époque précédant l’arrivée de la TAR, des chercheurs de Montréal ont également testé des concentrés de protéines de lactosérum, qui sont riches en cystéine, chez des volontaires séropositifs. Ces concentrés ont facilité la prise de poids chez les participants. Notons qu’à l’époque en question, les augmentations durables du poids des personnes séropositives étaient inhabituelles.

Lors d’une petite étude menée à l’époque actuelle, on a observé que la NAC par voie orale augmentait bel et bien le taux de GSH dans les cellules et réduisait l’inflammation. 

3. Pour protéger le foie et les reins contre la toxicité des médicaments

Chez certaines personnes, l’analgésique acétaminophène peut causer des dommages au foie et aux reins, même si les doses normales sont utilisées. Dans les hôpitaux d’Amérique du Nord, lorsqu’il se produit des surdoses de paracétamol ou d’acétaminophène (Tylenol), les médecins réussissent parfois à prévenir les lésions hépatiques graves (et  les décès) et administrant de la NAC par voie intraveineuse. En théorie, comme le corps se sert du GSH pour protéger les cellules contre les dommages, il est possible que la NAC offre une protection contre les cas d’intoxication causés par d’autres médicaments. Notons toutefois que la NAC n’a pas été testée à cette fin dans le cadre d’essais cliniques bien conçus, donc il n’existe pas de données concrètes pour appuyer un tel usage chez les humains.

4. Autres utilisations potentielles

La NAC est à l’étude comme traitement potentiel des troubles de dépendance.

Effets secondaires

À forte dose, la NAC peut causer les symptômes suivants chez certaines personnes :

  • nausées
  • inconfort abdominal
  • vomissements
  • diarrhées

Dans les expériences de laboratoire, les concentrations élevées de NAC peuvent affaiblir certaines activités du système immunitaire, mais aucune étude n’a été menée chez des humains pour explorer cette question.

Interactions médicamenteuses

Si vous prenez des antibiotiques, il faut éviter la NAC, car elle peut en affaiblir les effets.

Posologie

La dose optimale de la NAC pour les personnes vivant avec le VIH reste à établir, mais il pourrait être utile de revoir les données provenant d'essais cliniques menés auprès de personnes séropositives. Lors de l’étude américaine déjà mentionnée, la prise de 4 grammes par jour a été associée à une amélioration de la survie. Cependant, des rapports anecdotiques portent à croire que la prise d’une si forte dose de NAC sur une longue période peut causer de l'inconfort abdominal, des nausées, des vomissements et des diarrhées.

Selon les résultats de deux études allemandes, la prise d'une dose de 3 grammes tous les deux jours serait efficace pour accroître le taux de GSH et ne semble pas causer de toxicité. Certaines personnes séropositives prennent des doses plus faibles de la NAC, soit entre 500 mg et 1 000 mg, une ou deux fois par jour.

Il est peut-être possible d'atténuer les nausées en prenant la NAC avec un repas ou des boissons acides (jus d’orange ou un cola).

Disponibilité

Dans les pharmacies, la NAC est disponible sur ordonnance sous forme de liquide. Certains magasins de produits de santé vendent la NAC sous forme de capsules.

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Auteur(s) : Hosein SR

Traduction : Boutilier A

Publié : 2016