L'acétyl-L-carnitine et la L-carnitine

Qu’est-ce que la carnitine?

La L-carnitine est un acide aminé qui se trouve dans la viande rouge. L’acétyl-L-carnitine est une autre forme de ce nutriment. Le cerveau, le foie et les reins produisent également de faibles quantités de carnitine. Entre autres, cet acide aminé contribue à libérer l’énergie des matières grasses en transportant celles-ci aux cellules, où elles sont brûlées comme carburant par de petites centrales électriques appelées mitochondries. Les mitochondries produisent l’énergie dont les cellules ont besoin pour survivre et bien fonctionner.

Comment la carnitine agit-elle?

La carnitine semble posséder des propriétés antioxydantes. Selon au moins une étude, il est possible pour les personnes vivant avec le VIH d’avoir un taux normal de carnitine dans leur sérum (portion liquide du sang), alors qu’il est très faible dans leurs cellules, là où la carnitine est nécessaire.

Chez les personnes dont la santé s’est améliorée grâce à la prise de médicaments anti-VIH (thérapie antirétrovirale ou TAR), il est possible que le taux de carnitine ne revienne pas à la normale.

Lorsqu’elle se prend sous forme de supplément oral, seule une quantité relativement faible de carnitine est absorbée, soit entre 5 % et 18 %.

Comment certaines personnes vivant avec le VIH utilisent-elles ce supplément?

La carnitine a plusieurs utilisations potentielles, y compris les suivantes :

  • pour aider à réparer les lésions nerveuses (dans les cas de neuropathie périphérique ou NP)
  • pour réduire le taux d’acide lactique dans le sang
  • pour réduire les taux de triglycérides supérieurs à la normale

1. Pour aider à réparer les lésions nerveuses

Les personnes ayant le VIH et la neuropathie périphérique (dommages aux nerfs causant des sensations de picotement, d'engourdissement et de brûlure dans les mains, les pieds et les jambes) ont parfois un faible taux de carnitine dans le sang,  notamment dans les situations suivantes :

  • lésions causées par des infections virales comme le VIH ou le CMV (cytomégalovirus)
  • utilisation antérieure de médicaments « d », tels que d4T (staduvine, Zerit), ddI (didanosine, Videx) ou ddC (Hivid)
  • utilisation de certains médicaments anticancéreux et antibiotiques
  • consommation excessive d’alcool
  • diabète

Les médicaments mentionnés dans la liste ci-dessus ont un point en commun : ils peuvent tous endommager les parties des cellules nerveuses responsables de la production d’énergie, c’est-à-dire les mitochondries. Les mitochondries endommagées sont incapables de fournir suffisamment d’énergie aux nerfs, alors ces derniers commencent à mal fonctionner et à mourir. Il semble que les nerfs des pieds, des jambes et des mains, et surtout les nerfs de la peau recouvrant ces parties du corps, soient particulièrement vulnérables à la NP. Des chercheurs ont observé que certaines personnes ayant à la fois le VIH et la NP avaient des sueurs anormales, ce qui laisse penser que les nerfs des glandes de sudation peuvent également être touchés.

L’acétyl-L-carnitine (ALCAR) est une forme de carnitine qui pourrait jouer un rôle dans la prise en charge de la NP. Ce composé aide les mitochondries à bien fonctionner et semble aussi rehausser l’effet d’un produit chimique favorisant la croissance des nerfs, soit le facteur de croissance des nerfs.

Des chercheurs en Angleterre ont réalisé une étude d’envergure et bien conçue sur ALCAR auprès de personnes vivant avec le VIH et la NP. Ils ont constaté un certain degré de guérison des lésions nerveuses chez la plupart des personnes séropositives grâce à la prise de 1,5 gramme d'ALCAR deux fois par jour pendant une période allant jusqu’à quatre ans.

Soixante-seize pour cent (76 %) des participants ont bénéficié d’une réduction importante de leur douleur.

Lors de l’étude britannique, l’analyse des échantillons de peau prélevés durant l’essai clinique a révélé que les fibres nerveuses endommagées commençaient à se régénérer après six mois d’usage d’ALCAR. Plus le traitement durait, plus les fibres se régénéraient. Comme les fibres nerveuses se régénèrent lentement, les lésions nerveuses causées par la NP mettent plusieurs mois, voire des années, à guérir. Notons aussi que la guérison peut être incomplète.

Aucun changement important dans le nombre de cellules CD4+ et CD8+ ou dans la charge virale n’a été constaté pendant cette étude.

Selon l’équipe de recherche, il est possible qu’ALCAR ait favorisé la guérison des nerfs pour les raisons suivantes :

  • La carnitine aurait des propriétés antioxydantes qui auraient contribué à protéger les cellules nerveuses de la toxicité de la classe de médicaments anti-VIH appelés analogues nucléosidiques.
  • En améliorant le transport des matières grasses et du sucre, il se peut que la carnitine aide les cellules à devenir plus énergiques et plus actives, ce qui en faciliterait la guérison.
  • La carnitine aurait favorisé la croissance et la réparation des nerfs en rehaussant les effets du facteur de croissance des nerfs.
  • Les personnes vivant avec le VIH et la NP ont souvent un taux d’ALCAR réduit dans le sang; il est possible que la prise de ce supplément ait corrigé ce problème.

Dans l’ensemble, cette étude aide considérablement les chercheurs à explorer le rôle que la carnitine pourrait jouer dans la prise en charge de la NP, notamment sous forme d’ALCAR.

Deux études randomisées, contrôlées contre placebo, ont permis de constater que la prise de 500 mg ou de 1 000 mg d’ALCAR par jour contribuait à maîtriser la NP chez des personnes séronégatives atteintes de diabète.

2. Pour réduire le taux d'acide lactique dans le sang

Les personnes qui prennent les médicaments anti-VIH appelés analogues nucléosidiques risquent de présenter une complication rare, soit un taux d’acide lactique anormalement élevé dans le sang. Si le taux d’acide lactique devient très élevé, les signes et symptômes suivants d’une affection appelée acidose lactique peuvent se manifester :

  • fatigue inattendue
  • douleur abdominale
  • enflure et accumulation de graisse dans le foie
  • essoufflement
  • nausées et/ou vomissements

Les tests sanguins suivants facilitent le diagnostic de l’acidose lactique :

  • taux de lactate de 5 mmol/L ou plus
  • taux de bicarbonate de 20 mmol/L ou moins

Si vous croyez souffrir d’acidose lactique, contactez tout de suite votre médecin.

Des rapports anecdotiques laissent croire que la L-carnitine pourrait aider les personnes vivant avec le VIH à se remettre de l’acidose lactique. Lors d’une étude pilote menée chez six personnes séropositives extrêmement malades présentant un taux élevé d’acide lactique attribuable aux effets secondaires des médicaments, des chercheurs ont administré de la L-carnitine par voie intraveineuse à raison de 50 mg à 100 mg/kg de poids corporel par jour. Malgré ce traitement, seulement trois participants sur six ont guéri de l’acidose lactique et survécu. D’autres chercheurs ont obtenu des résultats favorables grâce à l’administration de suppléments de vitamines B par voie orale lorsqu’ils sont intervenus à des stades plus précoces de l’acidose lactique.

3. Pour réduire les taux de triglycérides supérieurs à la normale

En 2001, les résultats d’une étude pilote menée à Montréal ont été publiés. Dans le cadre de cette dernière, 16 personnes séropositives recevant des médicaments anti-VIH ont pris 3 grammes de L-carnitine par jour. Leur taux de triglycérides a diminué de façon importante dès le premier mois de l’étude, et une réduction totale de 35 % a été constatée à la fin de l’étude. Chez 70 % des participants, le taux de triglycérides était revenu à la normale à la fin de l’étude.

À l’époque en question, les taux de triglycérides élevés dans le sang étaient un problème courant parce que la plupart des personnes recevant une combinaison de médicaments anti-VIH puissants (couramment appelée TAR) utilisaient une classe de médicaments appelés inhibiteurs de la protéase. Notons cependant que les inhibiteurs de la protéase utilisés de nos jours ne causent pas habituellement d’augmentation importante du taux de triglycérides. 

Effets secondaires

1. Effets gastro-intestinaux

Des nausées, des vomissements et des diarrhées peuvent se produire, notamment chez les personnes qui en prennent plus de 4 grammes par jour.

2. Effets neurologiques

Certaines personnes auraient eu des crises de nature épileptique lorsqu’elles utilisaient des suppléments de carnitine et ce, indépendamment de tout antécédent à cet égard.

3. Hormones thyroïdiennes

La thyroïde produit des hormones appelées T3 (triiodothyronine) et T4 (thyroxine). Les hormones thyroïdiennes aident le corps à produire de l’énergie et à réguler sa température. Dans les expériences de laboratoire, la L-carnitine empêche les cellules de répondre normalement à ces hormones parce qu’elle inhibe les mouvements des hormones à l’intérieur des cellules. Lors d’études menées chez des personnes séronégatives, une dose quotidienne de 2 à 4 grammes de L-carnitine aurait réduit les taux d’hormones thyroïdiennes. Les chercheurs ignorent quel effet les doses plus faibles de carnitine pourraient avoir sur les taux de ces hormones. Si les taux d’hormones thyroïdiennes passent sous le seuil normal, plusieurs symptômes peuvent se produire, y compris les suivants :

  • fatigue inattendue
  • sensation de froid
  • peau sèche
  • faiblesse musculaire
  • trous de mémoire et problèmes de concentration
  • perturbation de l’audition

Si vous prenez des suppléments de carnitine, votre médecin voudra peut-être vérifier régulièrement l’état de santé de votre thyroïde.

4. Grossesse

La carnitine n’a pas été étudiée chez des femmes enceintes. Le fabricant déconseille donc son usage aux femmes enceintes à moins que le besoin soit clair.

Interactions médicamenteuses

Avisez toujours votre médecin et vos autres professionnels de la santé de tous les médicaments (sur ordonnance ou en vente libre), les plantes médicinales et les suppléments que vous prenez. La carnitine pourrait interagir de façon défavorable avec les médicaments suivants :

  • médicaments pour le traitement et la prévention des caillots sanguins: acénocoumarol/nicoumalone (Sintrom)
  • hormones thyroïdiennes

Posologie et formulations

La compagnie italienne Sigma-Tau fabrique deux formulations de la carnitine :

  • L-carnitine
  • acétyl-L-carnitine

Dans les essais cliniques, la dose habituelle va de 500 mg à 3 000 mg (3 grammes) par jour. On peut diviser la dose en plusieurs prises et la prendre avec de la nourriture.

Disponibilité

La L-carnitine se vend sous le nom commercial de Carnitor et est disponible sur ordonnance en Amérique du Nord. L’acétyl-L-carnitine (ALCAR) se vend sous le nom commercial de Nicetile en Italie et dans d’autres pays de l’Union européenne. Au Canada et aux États-Unis, certains magasins de produits de santé vendent également différentes marques et formulations de la carnitine. Quelle qu’en soit la forme, la carnitine coûte cher. ALCAR est utilisé plus souvent dans le cadre d’études sur la neuropathie. Les deux formulations de carnitine ont été utilisées dans le cadre d’essais portant sur le VIH, mais certains experts en nutrition et VIH ont laissé entendre que l’acétyl-L-carnitine était plus utile.

Références

Carnitor (levocarnitine). Product Monograph. Compendium of Pharmaceutical Specialties. 2015.

Cassol E, Misra V, Morgello S, et al. Altered monoamine and acylcarnitine metabolites in HIV-positive and HIV-negative subjects with depression. Journal of Acquired Immune Deficiency Syndromes. 2015 May 1;69(1):18-28.

Vaz FM and Wanders RJ. Carnitine biosynthesis in mammals. Biochemical Journal.2002;361(Pt 3):417-29.

De Simone C, Tzantzoglou S, Jirillo E et al. L-carnitine deficiency in AIDS patients. AIDS. 1992;6(2):203-5.

De Simone C, Famularo G, Tzantzoglou S et al. Carnitine depletion in peripheral blood mononuclear cells from patients with AIDS: effect of oral L-carnitine. AIDS. 1994;8:655-60.

Vilaseca MA, Artuch R, Sierra C et al. Low serum carnitine in HIV-infected children on antiretroviral treatment. European Journal of Clinical Nutrition. 2003;57(10):1317-22.

Famularo G, De Simone C. Carnitine stands on its own in HIV infection treatment. Archives of Internal Medicine. 1999 May;159:1143-4.

Evans AM and Fornasini G. Pharmacokinetics of L-carnitine. Clinical Pharmacokinetics. 2003;42(11):941-67.

Famularo G, Moretti S, Marcellini S et al. Acetyl-carnitine deficiency in AIDS patients with neurotoxicity on treatment with antiretroviral nucleoside analogues. AIDS. 1997 Feb;11(2):185-90.

Ilias I, Manoli I, Blackman MR et al. L-Carnitine and acetyl-L-carnitine in the treatment of complications associated with HIV infection and antiretroviral therapy. Mitochondrion. 2004 Jul;4(2-3):163-8.

Sima AA, Calvani M, Mehra M et al. Acetyl-L-carnitine improves pain, nerve regeneration, and vibratory perception in patients with chronic diabetic neuropathy: an analysis of two randomized placebo-controlled trials. Diabetes Care. 2005 Jan;28(1):89-94.

Hart AM, Wilson AD, Montovani C et al. Acetyl-l-carnitine: a pathogenesis based treatment for HIV-associated antiretroviral toxic neuropathy. AIDS. 2004;18(11):1549-60.

Youle M1, Osio M; ALCAR Study Group. A double-blind, parallel-group, placebo-controlled, multicentre study of acetyl L-carnitine in the symptomatic treatment of antiretroviral toxic neuropathy in patients with HIV-1 infection. HIV Medicine. 2007 May;8(4):241-50.

Vrouenraets SM, Treskes M, Regez RM et al. Hyperlactataemia in HIV-infected patients: the role of NRTI-treatment. Antiviral Therapy. 2002;7(4):239-44.

Brinkman K, Vrouenraets S, Kauffmann R et al. Treatment of nucleoside reverse transcriptase inhibitor-induced lactic acidosis. AIDS. 2000;14(17):2801-2.

Carter RW, Singh J, Archambault C and Arrieta A. Severe lactic acidosis in association with reverse transcriptase inhibitors with potential response to L-carnitine in a pediatric HIV-positive patient. AIDS Patient Care and STDs. 2004;18(3):131-4.

Claessens YE, Cariou A, Monchi M et al. Detecting life-threatening lactic acidosis related to nucleoside-analog treatment of human immunodeficiency virus-infected patients, and treatment with L-carnitine. Critical Care Medicine. 2003;31(4):1042-7.

Muller DM, Seim H, Kiess W et al. Effects of oral L-carnitine supplementation on in vivo long-chain fatty acid oxidation in healthy adults. Metabolism. 2002;51(11):1389-91.

De Simone C, Tzantzoglou S et al. High dose L-carnitine improves immunologic and metabolic parameters in AIDS patients. Immunopharmacology and Immunotoxicology. 1993 Jan;15(1):1-12.

Loignon M and Toma E. L-Carnitine for the treatment of highly active antiretroviral therapy-related hypertriglyceridemia in HIV-infected adults. AIDS. 2001 Jun 15;15(9):1194-5.

Mingrone G. Carnitine in type 2 diabetes. Annals of the New York Academy of Sciences. 2004 Nov;1033:99-107.

Day L, Shikuma C and Gerschenson M. Acetyl-L-carnitine for the treatment of HIV lipoatrophy. Annals of the New York Academy of Sciences. 2004;1033:139-46.

Dalakas MC, Leon-Monzon ME et al. Zidovudine-induced mitochondrial myopathy is associated with muscle carnitine deficiency and lipid storage. Annals of Neurology. 1994 April;35(4):482-7.

Georges B, Galland S, Rigault C et al. Beneficial effects of L-carnitine in myoblastic C2C12 cells. Interaction with zidovudine. Biochemical Pharmacology. 2003 May;65(9):1483-8.

Mauss S and Schmutz G. L-Carnitine in the treatment of HIV-associated lipodystrophy syndrome. HIV Medicine. 2001 Jan;2(1):59-60.

Benvenga S, Amato A, Calvani M and Trimarchi F. Effects of carnitine on thyroid hormone action. Annals of the New York Academy of Sciences. 2004 Nov;1033:158-67.

Bachmann HU and Hoffmann A. Interaction of food supplement L-carnitine with oral anticoagulant acenocoumarol. Swiss Medical Weekly. 2004 Jun 26;134(25-26):385.

Youle M. Acetyl-L-carnitine in HIV-associated antiretroviral toxic neuropathy. CNS Drugs. 2007;21 Suppl 1:25-30; discussion 45-6.

Kvetny J, Bomholt T, Pedersen P, et al. Thyroid hormone effect on human mitochondria measured by flow cytometry. Scandinavian Journal of Clinical and Laboratory Investigation. 2009;69(7):772-6.

 

Auteur(s) : Hosein SR

Traduction : Boutilier A

Publié : 2016