L’homéopathie

Revu par le Dr Paul Richard Saunders, The Canadian College of Naturopathic Medicine

Un bref historique de l’homéopathie

L’homéopathie est une méthode de guérison établie à la fin du XVIIIe siècle par un médecin allemand du nom de Samuel Hahnemann (1755-1843) et ses collègues. À l’époque de Hahnemann, la pratique médicale reposait sur une théorie des anciens Grecs selon laquelle la maladie était causée par un déséquilibre des quatre humeurs (le sang, le phlegme, la bile jaune et la bile noire). On croyait que ces humeurs étaient des liquides contenus dans l’organisme. On pensait aussi qu’un déséquilibre des conditions corporelles (chaleur, froid, sécheresse, humidité) contribuait à la maladie. Pour rétablir l’équilibre et la santé, les médecins traitaient les symptômes avec des « effets opposés ». Par exemple, on pensait que la fièvre résultait d’un excès de sang et de chaleur, car les malades fiévreux avaient le visage rougi et chaud. On pratiquait alors une saignée, en croyant que cela abaissait la température corporelle et rétablissait l’équilibre. Hahnemann trouvait avec raison que ces pratiques étaient contre-indiquées, car il avait constaté que les traitements médicaux étaient souvent pires que les maladies qu’ils étaient censés guérir.

On raconte que Hahnemann a inventé l’homéopathie après avoir absorbé une dose de quinquina — le traitement de la malaria — à titre expérimental. Il a éprouvé des symptômes très semblables à ceux de la malaria, à savoir de la fièvre, des frissons et des tremblements. Il a répété l’expérience auprès de ses patients en utilisant plusieurs substances. Il a ensuite constaté un lien entre les symptômes éprouvés par les patients et les effets provoqués par les substances données, ainsi qu’une amélioration de l’état de ses patients. Cette expérience a amené Hahnemann à définir sa loi de similitude.

Principes de l’homéopathie

La loi de similitude est souvent résumée comme ceci : les « semblables guérissent les semblables ». En d’autres mots, on peut traiter une maladie en utilisant des substances qui, prises par des sujets sains, produisent chez ces derniers des symptômes semblables à ceux de la maladie. Hahnemann et ses collègues ont approfondi la méthode de traitement qu’ils ont nommée homéopathie (des mots grecs homoios, qui signifie « semblable », et pathos, qui signifie « souffrance »). Ils appelaient la médecine ordinaire de leur époque allopathie (de allos, qui signifie « contraire » et de pathos, qui signifie « souffrance ») parce que les symptômes étaient traités avec des contraires.

Un autre principe fondamental de l’homéopathie que ses fondateurs ont établi est la loi d’infinitésimalité. Selon ce principe, plus la dose d’un médicament est faible, plus ses effets sont puissants. Les traitements homéopathiques sont dynamisés (c’est-à-dire qu’on les rend plus forts) par une série de dilutions et de succussions (on secoue la substance). Par exemple, une part d’une substance médicinale est mélangée à 99 parts d’alcool ou d’eau distillée, puis secouée de nombreuses fois. Ensuite, une part de cette solution est encore diluée avec 99 parts d’alcool et d’eau, puis de nouveau secouée. On répète ce processus aussi souvent que nécessaire. Les substances insolubles sont moulues fin et mélangées à de la poudre de lactose (sucre de lait) dans la même proportion de 1 à 99, puis elles sont diluées et secouées de nouveau.

Les remèdes sont étiquetés en utilisant une combinaison de chiffres romains et arabes. Par exemple :

  • 3X signifie que la substance initiale a été diluée dans une proportion d’une partie dans 1000 (1/1000);
  • 4X = 1 partie dans 10 000 (1/10 000);
  • 3C ou 6X = 1 partie dans un million (1/1 000 000).

Certains remèdes homéopathiques peuvent être dilués à un point tel que seule une quantité infime de l’élément initial subsiste, et d’autres sont tellement dilués qu’il ne reste même pas une seule molécule de la substance.

Homéopathie en pratique

Les praticiens de l’homéopathie (homéopathes) estiment que les symptômes prouvent que l’organisme tente de se défendre et de guérir. De plus, ils croient que les symptômes sont particuliers à chaque malade, c’est-à-dire que même si deux malades manifestent les mêmes symptômes, ces symptômes peuvent être attribués à des facteurs différents, qui peuvent être physiques, mentaux, émotionnels ou spirituels, ou à une combinaison de ces facteurs. Ces symptômes peuvent aussi varier en termes d’intensité. De par son essence même, l’homéopathie vise à traiter l’être dans son entier et non la maladie.

Diagnostic

Pour découvrir la cause des symptômes, les homéopathes mènent des entrevues détaillées avec leurs malades. La première consultation exige souvent 45 minutes ou plus. L’homéopathe interroge le malade et lui pose de nombreuses questions qui peuvent, au début, ne pas être reliées à ses symptômes. Il prend des notes détaillées et consulte au besoin des répertoires (recueil des symptômes et des substances qui les causent ou les guérissent) afin de diagnostiquer le problème. Les manuels consultés sont appelés materia medicas; ce sont des encyclopédies de remèdes homéopathiques et de leurs effets qui peuvent aider l’homéopathe à choisir le traitement approprié.

Traitements

Les médecines homéopathiques sont mises au point à la faveur d’un processus d’essais à simple ou à double insu appelé pathogénésie. Dans le cadre de la pathogénésie, des sujets sains se portent volontaires pour prendre des doses répétées de remèdes jusqu’à ce qu’ils aient une réaction. On peut ainsi faire l’essai de la concentration initiale aussi bien que de la présentation diluée. Les volontaires notent leurs symptômes ou réactions dans un journal personnel et participent à des entrevues détaillées avec l’homéopathe.

Puisqu’on perçoit les symptômes comme des tentatives de l’organisme de se guérir, on prescrit les traitements homéopathiques pour faciliter ce processus. Les remèdes ne sont pas conçus pour traiter ou éliminer les symptômes.

Si le malade ne répond pas au traitement prescrit, la dose peut être modifiée ou un autre traitement envisagé. Certains homéopathes rajustent la dose ou le traitement à n’importe quel moment, tandis que d’autres préfèrent attendre un mois ou plus avant d’apporter tout changement.

Une personne ayant le VIH qui utilise divers traitements conventionnels et complémentaires recommande de ne pas prendre les médicaments homéopathiques avec de l’ail, de la menthe ou de l’huile de théier, et de ne pas non plus les conserver à proximité de ces produits. En outre, les remèdes homéopathiques doivent être pris au moins une heure ou deux avant les médicaments contenant de l’ail, de la menthe et de l’huile de théier.

Médicaments homéopathiques en vente libre

Nombre de pharmacies et de magasins d’aliments de santé offrent des remèdes homéopathiques pour une variété d’affections courantes. Ces produits sont souvent vendus sous forme de complexes et sont fabriqués à partir de dilutions successives de plusieurs substances. Ces remèdes sont en vente libre, c’est-à-dire sans ordonnance, ni consultation auprès d’un homéopathe. Étant donné que la méthode homéopathique accorde une très grande importance aux entrevues détaillées avec les malades, on peut douter de la valeur des produits en vente libre dans l’optique des principes et de la pratique de l’homéopathie.

Homéopathie et médecine conventionnelle

Il est difficile d’examiner l’homéopathie en suivant une démarche scientifique, car ses principes entrent en conflit avec les lois fondamentales de la physique, de la chimie et de la pharmacologie. Bien que des centaines d’essais cliniques aient porté sur les remèdes homéopathiques, les résultats de la plupart de ces essais ne permettent pas de recommander le recours à l’homéopathie.

Il en résulte que la plupart des médecins dédaignent l’homéopathie et jugent que les remèdes homéopathiques sont inutiles, mais sans danger, étant donné qu’ils sont si dilués. Toutefois, dans un article paru récemment dans la revue médicale The Lancet, on concluait que les résultats obtenus avec l’homéopathie ne pouvaient être attribués à l’effet placebo seulement et on réclamait la tenue d’autres études cliniques.

Les homéopathes peuvent réfuter ces arguments en affirmant que souvent les scientifiques ne connaissent pas les mécanismes d’action exacts des médicaments ordinaires. De plus, du point de vue de l’homéopathie, les médicaments ordinaires peuvent masquer les vrais symptômes. Si on supprime ou modifie les symptômes, il peut devenir plus difficile de poser un diagnostic juste et de prescrire un traitement homéopathique approprié. Il en résulte que certains homéopathes recommandent parfois à leurs malades d’interrompre leurs traitements conventionnels.

En somme, l’homéopathie et la médecine moderne adoptent des approches très différentes pour traiter la maladie et maintenir la bonne santé. Pour certaines personnes, il pourra être difficile d’intégrer ces deux approches de gestion de la santé.

Comment trouver un homéopathe

Les homéopathes ne sont réglementés dans aucune des provinces canadiennes, mais plusieurs collèges canadiens offrent un cours de formation de trois ans en homéopathie. Le coût d’une première consultation auprès d’un homéopathe compétent peut varier d’environ 80 $ à 250 $, mais les séances de suivi sont généralement beaucoup moins chères.

Pour trouver un homéopathe dans la province de l'Ontario, communiquez avec :

The Ontario Federation of Homeopathic Practitioners
Case postale 73617
509 avenue St. Clair Ouest
Toronto (Ontario) M6C 1C0
(416) 654-5156

Ailleurs au Canada, communiquez avec :

North American Society of Homeopaths
1122 E rue Pike, bureau 1122
Seattle (Washington) 98122 É-U
(206) 720-7000
http://www.homeopathy.org/

Les naturopathes (praticiens de la naturopathie) étudient l’homéopathie dans le cadre de leur formation et nombre d’entre eux l’intègrent à leurs pratiques. Pour trouver un naturopathe dans votre région, communiquez avec :

Association canadienne de naturopathie
4174 rue Dundas O bureau 304
Etobicoke (Ontario) M8X 1X3
(416) 233-1043

Lectures complémentaires sur l’homéopathie
Brewitt B. Homeopathic growth factors support long term survival and maintain low viral loads. [Résumé ] 12e Conférence internationale sur le sida, Genève, juillet 1998.

Davenas E, Poitevin B, Benveniste J. “The effect on mouse peritoneal macrophages of orally administered very high dilutions of Silica”, European Journal of Pharmacology, 135:313-19, 1987.

Gibson RG, Gibson SLM, MacNeill AD, et al. “Homeopathic therapy in rheumatoid arthritis: evaluation by double-blind controlled trial”. British Journal of Clinical Pharmacology 9:454-9, 1987.

Kerr HD, Yarborough GW. “Pancreatitis following ingestion of a homeopathic preparation”. New England Journal of Medicine, 314:25, 1986.

Linde K, Clausius N, et al. Are the clinical effects of homeopathy placebo effects? A meta-analysis of placebo-controlled trials. The Lancet 1997;350(9081):834-43.

Micozzi MS (ed). Fundamentals of complementary and alternative medicine. Churchill Livingstone Inc., New York. 1996.

Ullman D. Discovering Homeopathy: medicine for the 21st century. Berkeley: North Atlantic, 1991.

Ullman D. The Consumer’s Guide to Homeopathy: The Definitive Resource For Understanding Homeopathic Medicine and Making it Work For You. JP Tarcher, 1996.

Vithoulkas G. The science of homeopathy. Grove Press Inc. New York, NY. 1980.

Wise J. Health authority stops buying homeopathy. British Medical Journal (Clinical Research Edn.) 1997; 314(7094):1574.

Revues
British Journal of Homeopathy

Journal of the American Academy of Homeopathy

Simillimum

Auteur(s) : Maclean D

Traduction : Gagnon F

Publié : 1999