La circoncision masculine pour réduire le risque d’infection par le VIH

Sommaire

La circoncision masculine consiste à enlever le prépuce du pénis par la chirurgie. Le prépuce est très vulnérable à l'infection par le VIH. La circoncision offre une certaine protection contre l'infection par le VIH aux hommes hétérosexuels. La circoncision ne protège pas la majorité des hommes qui ont des rapports sexuels avec d'autres hommes. Il est toutefois possible qu'elle offre une certaine protection aux hommes dont la seule activité sexuelle consiste à pénétrer analement leurs partenaires (les tops). La circoncision ne protège pas les femmes contre la transmission du VIH.

Au Canada, la circoncision n'est pas recommandée comme méthode de prévention du VIH.

Qu'est-ce que la circoncision masculine?

La circoncision est une chirurgie qui consiste à enlever le prépuce du pénis; le prépuce est un morceau de peau rétractable qui recouvre la tête du pénis. La circoncision est pratiquée le plus souvent sur des nouveau-nés, mais elle peut avoir lieu plus tard dans la vie aussi. On y a recours pour une variété de raisons sociales, religieuses, culturelles et médicales.

La circoncision se fait-elle fréquemment au Canada?

Le nombre de parents qui choisissent de faire circoncire leurs bébés masculins ne cesse de diminuer : le taux de circoncision estimé est passé de 20 % en 1996-97 à 9,5 % en 2005. Depuis 1996, la Société canadienne de pédiatrie ne recommande plus la circoncision systématique des nouveau-nés parce qu'elle estime que les données portant sur les risques et les bienfaits sont bien équilibrées.

La circoncision masculine réduit-elle le risque de transmission du VIH?

Pour les hommes ayant des rapports sexuels avec des femmes. La circoncision masculine donne une certaine protection aux hommes séronégatifs qui s'exposent à un risque d'infection par le VIH lors des rapports sexuels vaginaux avec des femmes. Lors d'études de recherche menées en Afrique orientale et australe, les hommes hétérosexuels circoncis étaient environ 50 % à 60 % moins susceptibles de contracter le VIH que les hommes non circoncis. Les hommes circoncis étaient également moins à risque de contracter l'herpès, la syphilis et le virus du papillome humain (VPH).

Pour les femmes ayant des rapports sexuels avec des hommes. La circoncision masculine ne donne aucune protection aux femmes séronégatives qui s'exposent à un risque d'infection par le VIH lors des rapports sexuels vaginaux avec des hommes. Bien que les hommes séronégatifs circoncis soient moins susceptibles de se faire infecter par le VIH lors d'un rapport sexuel vaginal, les hommes séropositifs circoncis ne sont pas moins susceptibles de transmettre le VIH à d'autres personnes.

Pour les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HARSAH). La circoncision masculine ne donne pas de protection aux hommes séronégatifs qui s'exposent à un risque d'infection par le VIH lors des rapports sexuels anaux avec d'autres hommes, peu importe s'ils assument le rôle actif ou passif (top ou bottom). Certaines études laissent toutefois croire que la circoncision pourrait protéger les hommes séronégatifs dont la seule activité sexuelle à risque consiste à pénétrer analement leurs partenaires (les tops exclusifs).

De quelle façon la circoncision réduit-elle le risque de transmission du VIH?

Le prépuce est très vulnérable à l'infection par le VIH. C'est la principale porte d'entrée qui permet au VIH d'entrer dans le corps d'un homme lors d'un rapport sexuel. Si l'on enlève le prépuce, le VIH a plus de difficulté à entrer dans le corps lors des rapports sexuels.

Le prépuce est très vulnérable à l'infection par le VIH pour plusieurs raisons. En premier lieu, le prépuce est délicat et subit parfois des déchirures minuscules lors des rapports sexuels. Ces déchirures peuvent permettre au VIH d'entrer plus facilement dans le corps. Les déchirures causent aussi de l'inflammation, ce qui augmente encore le risque de transmission du VIH. De plus, comparativement à d'autres parties du pénis, le prépuce contient une plus grande quantité de cellules spécifiques que le VIH aime infecter, à savoir les cellules Langerhans. Enfin, des liquides contenant du VIH risquent de se faire piéger sous le prépuce et d'y rester après le rapport sexuel.

Pourquoi la circoncision est-elle moins bénéfique pour les HARSAH?

Beaucoup de HARSAH ne sont pas seulement des tops (celui qui pénètre l'autre), mais aussi des bottoms (celui qui se laisse pénétrer). La circoncision ne peut pas protéger un homme séronégatif qui se laisse pénétrer parce que le VIH entrerait dans son corps via l'anus ou le rectum et non via le prépuce. De plus, comme le risque de transmission est beaucoup plus élevé pour les bottoms que pour les tops, la circoncision pourrait être insuffisante pour protéger un homme même s'il ne se laisse pénétrer qu'occasionnellement.

Même s'il est possible que la circoncision offre une certaine protection aux hommes gais qui sont exclusivement des tops, le degré de protection (le cas échéant) reste à déterminer.

Dans quels endroits fait-on la promotion de la circoncision masculine comme méthode de prévention du VIH?

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande la circoncision masculine volontaire comme méthode de prévention du VIH pour les adultes vivant dans les pays ayant une épidémie hétérosexuelle du VIH, une prévalence de VIH de plus de 15 % et une faible prévalence de circoncision. On assiste actuellement à un élargissement des programmes de circoncision des adultes dans plusieurs pays de l'Afrique orientale et australe.

La circoncision masculine est-elle recommandée comme méthode de prévention du VIH au Canada?

Non, la circoncision masculine n'est pas recommandée comme méthode de prévention du VIH au Canada. Le Canada ne répond pas aux critères de l'OMS mentionnés ci-dessus. Au Canada, l'épidémie du VIH/sida touche principalement des populations pour lesquelles la circoncision aurait probablement peu de bienfaits — soit les utilisateurs de drogues injectables et les HARSAH.

La transmission hétérosexuelle du VIH est à la hausse au Canada. La circoncision masculine aurait peut-être un rôle à jouer pour réduire le nombre d'infections par le VIH parmi les hommes hétérosexuels dans ce pays. Il n'est pas clair, cependant, si les résultats des études menées en Afrique auprès d'hommes hétérosexuels s'appliqueraient aux hommes vivant dans les pays ayant une faible incidence du VIH, comme le Canada. Les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) des États-Unis ont conclu qu'il y avait assez de données probantes pour renseigner les hommes hétérosexuels sur les bienfaits de la circoncision quant à la réduction des risques d'infection par le VIH. Pour sa part, la Société canadienne de pédiatrie est en train de revoir ses lignes directrices à la lumière des recherches récentes sur la circoncision.

Les hommes hétérosexuels ou les HARSAH qui envisagent la circoncision comme moyen de réduire leurs risques d'infection par le VIH doivent comprendre que cette méthode ne donne pas de protection à 100 % et ne devrait pas remplacer les méthodes préventives plus efficaces comme le condom.

Références

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Auteur(s) : James Wilton

Traduction : Alain Boutilier

Publié : 2012