Les irrégularités menstruelles et le VIH

En bref:

De nombreuses femmes séropositives constatent des problèmes dans leur cycle menstruel. Les problèmes varient d’une femme à l’autre et ils peuvent être le résultat de l’infection à VIH ou d’un autre facteur.

Quels sont les problèmes menstruels vécus par les femmes séropositives?

Les irrégularités menstruelles qui surviennent chez les femmes vivant avec le VIH comprennent :

  • saignements plus abondants et qui durent plus longtemps que d’habitude;
  • saignements ou saignotements entre les menstruations;
  • menstruations plus fréquentes;
  • menstruations plus légères avec un laps de temps plus long entre les cycles;
  • cycles irréguliers;
  • absence complète de menstruations.

De plus, certaines femmes séropositives éprouvent des symptômes plus sévères de SPM (syndrome prémenstruel) que les femmes séronégatives.

Quelles sont les causes de ces problèmes?

  • On ne sait pas de façon certaine si, ou de quelle manière, le VIH affecte les menstruations. Une étude américaine récente, menée auprès de plus de 800 femmes séropositives, a révélé que la séropositivité n’augmentait que légèrement les chances d’avoir un cycle menstruel très court (de moins de 18 jours) ou très long (de plus de 90 jours). Toutefois, il semble qu’un stade avancé d’immunodéficience ait eu un effet sur le cycle menstruel dans cette étude. En effet, les femmes ayant une numération de CD4+ inférieure à 200 étaient 50 % plus susceptibles d’avoir un cycle irrégulier de 90 jours ou plus. L’étude confirme également que les facteurs affectant les menstruations des femmes séronégatives sont susceptibles d’agir de la même façon chez les femmes séropositives.
  • Une perte de poids importante, particulièrement la perte de tissu adipeux (graisse), peut perturber les menstruations. Les femmes qui ont très peu de tissu adipeux, telles les athlètes de haut calibre ou les femmes séropositives souffrant du syndrome de dépérissement, n’ont souvent pas de menstruations.
  • L’utilisation de drogues pendant de longues périodes peut causer des irrégularités ou un arrêt complet du cycle menstruel.
  • Les maladies chroniques peuvent avoir un effet sur les menstruations. Les femmes vivant avec le VIH, qui se remettent d’une infection, peuvent percevoir des changements dans leur cycle menstruel.
  • Un stress permanent, sur une longue période, a des effets sur le cycle menstruel des femmes.
  • Les plaquettes sont des fragments de cellules sanguines qui aident le sang à se coaguler. Les personnes vivant avec le VIH ont souvent un taux de plaquettes plus bas que la normale. Un taux de plaquettes peu élevé chez les femmes séropositives peut causer des saignements plus abondants.
  • L’âge peut avoir un effet sur les saignements menstruels. Les femmes entre 45 et 55 ans peuvent être en période de périménopause, lors de laquelle leur cycle menstruel se modifie et ralentit avant de s’arrêter complètement. Les femmes de plus de 40 ans peuvent avoir, de temps à autre, des écoulements sanguins plus abondants parce qu’elles n’ovulent plus (libérer un oeuf) à chaque cycle menstruel.
  • Des écoulements sanguins abondants sont peut-être symptomatiques d’une infection bactérienne sévère telle que la maladie inflammatoire pelvienne.
  • La thyroïde est une glande située dans la gorge qui sécrète des hormones régularisant le métabolisme. Cette glande peut agir sur les menstruations si elle n’est pas assez active et ne secrète pas assez d’hormones (hypothyroïdisme) ou si elle est trop active et secrète trop d’hormones (hyperthyroïdisme).
  • L’aspirine peut éclaircir le sang de sorte qu’il soit moins apte à se coaguler. De fortes doses d’aspirine peuvent donc amener des menstruations de plus longue durée et plus abondantes.
  • Certains produits à base d’herbes médicinales peuvent agir sur les menstruations. Si vous utilisez des préparations à base d’herbes médicinales et que vous avez des problèmes menstruels, il serait important de consulter un naturopathe, un herboriste ou encore le personnel expérimenté d’un magasin d’aliments naturels. Lorsqu’elles sont administrées à des doses normales, des herbes telles que l’actée à grappes noires, la racine de framboisier et la rue, sont en mesure de soulager les symptômes menstruels. Toutefois, les autres médicaments que vous utilisez peuvent interagir avec les herbes et modifier leurs effets.
  • Selon des rapports anecdotiques, l’inhibiteur de la protéase ritonavir (Norvir) aurait causé des règles plus longues et plus abondantes. Cependant aucune étude clinique ne peut confirmer ces dires.

Diagnostic

Vous devez aviser votre médecin de famille ou votre gynécologue (médecin spécialisé dans l’appareil reproducteur de la femme) de tout changement dans votre cycle menstruel. Il importe d’envisager des facteurs autres que l’infection à VIH afin de déceler les causes de ces problèmes menstruels. Des menstruations abondantes peuvent causer de l’anémie – un niveau d’hémoglobine (une protéine qui transporte l’oxygène à chacune des cellules du corps) ou de globules rouges plus bas que la normale –, et risquent donc de provoquer une fatigue chronique. L’absence de règles pourrait signifier que la membrane de l’utérus s’accroît, ce qui, à long terme, peut mener à un cancer de l’utérus. Des menstruations douloureuses peuvent être « normales » ou peuvent être causées par l’endométriose, une affection douloureuse qui survient lorsque les cellules qui forment la membrane de l’utérus se multiplient à d’autres endroits, tels que les ovaires et les trompes de Fallope.

Afin de déceler l’origine de vos problèmes, le médecin pourrait recommander certains tests, y compris :

  • Un test de grossesse, si vous avez sauté vos règles.
  • Un test sanguin en vue de déterminer le niveau des plaquettes, des globules rouges, de l’hémoglobine et le niveau d’hormones sécrétées par la thyroïde.
  • Un examen pelvien afin d’identifier des régions douloureuses ou la présence d’un gonflement.
  • Le médecin fera probablement un test Pap au cours de l’examen pelvien. Au moment du test, le médecin insère une petite brosse et une petite spatule de bois dans le vagin et les frotte contre le col de l’utérus en vue de libérer et de capter les cellules. Elles sont ensuite placées sur une lamelle de verre et envoyées au laboratoire pour être analysées.
  • Au cours de votre examen pelvien, il se pourrait que vous soyez testées pour des infections à levures, la chlamydiose et la gonorrhée. Lors de ces tests, le médecin insère un long coton-tige dans le vagin et le frotte contre les parois. Le coton-tige est ensuite enlevé et envoyé au laboratoire pour être analysé.
  • On vous demandera peut-être de subir une échographie transvaginale. Au cours de celle-ci, le technicien aux ultrasons insère dans le vagin un mince appareil recouvert d’un condom. L’échographie transvaginale permet de voir des images beaucoup plus claires des organes internes que celles des ultrasons réguliers.

En vue d’analyser les modifications de votre cycle menstruel, vous pourriez rédiger, durant trois ou quatre mois, un journal de vos menstruations. Votre médecin dispose peut-être d’un formulaire imprimé que vous pouvez utiliser ou vous pourriez même vous servir d’un calendrier. Le premier jour des règles est considéré comme le premier jour de votre cycle. Notez la durée de vos règles, si vous utilisez plus ou moins de tampons ou de serviettes sanitaires que d’habitude, si vous avez des saignements ou des pertes, des crampes ou des douleurs anormales après la fin de vos règles. Rédiger un journal de vos menstruations peut également être utile pour consigner les symptômes reliés à votre SPM, tant au plan physique (gonflements, maux de tête, évacuations intestinales, etc.), qu’au plan émotif (tension, dépression, anxiété, ainsi de suite).
Si aucune cause claire de vos problèmes menstruels n’est trouvée, il serait peut-être important de vous adresser à tous les membres de votre équipe soignante : médecin, pharmacien, naturopathe, herboriste, groupe de soutien et proches. Ils auront des approches et des expériences différentes qui pourraient vous aider à résoudre le problème.

Traitement

Les traitements visant les irrégularités menstruelles varieront selon les problèmes et leurs causes.

  • L’utilisation d’une association de médicaments anti-VIH, connu également sous le nom de multithérapie antirétrovirale, peut abaisser la charge virale, améliorer la numération CD4+ et réduire considérablement le risque d’infections caractéristiques du sida. Cela permet également aux femmes de prendre du poids, et plus particulièrement de la masse grasse, en vue de régulariser leurs menstruations.
  • Certaines femmes séropositives souffrant du syndrome de dépérissement (perte de poids importante) peuvent avoir une faible concentration de l’hormone testostérone. Bien que la testostérone soit généralement reconnue comment étant une hormone mâle, les femmes en produisent également en quantité beaucoup plus faible. Les chercheurs ont testé un timbre transdermique de testostérone auprès d’un petit groupe de femmes souffrant de dépérissement musculaire et ayant une faible concentration de testostérone. La faible dose utilisée, soit 150 microgrammes par jour, a à peine suffi à ramener le niveau de testostérone à un taux normal. Six femmes du groupe n’avaient plus de règles au moment de s’inscrire à l’étude. Après 12 semaines de traitement, les règles de cinq des six femmes sont réapparues.
  • Un faible taux de plaquettes sanguines peut être traité par l’administration d’AZT, de corticostéroïdes ou par la transfusion de plaquettes.
  • La maladie inflammatoire pelvienne répond à l’administration d’antibiotiques par voie orale ou par injection.
  • Une hypothyroïdie ou une hyperthyroïdie peut être soignée par une administration quotidienne de thyroxine.
  • Des règles douloureuses « normales » peuvent être soulagées par la prise de médicaments anti-inflammatoires comme Anaprox ou Ponstan.

Vivre avec le SPM

Les symptômes physiques et émotionnels du syndrome prémenstruel peuvent apparaître de un à dix jours avant le début des menstruations. Même si la plupart des femmes exhibent certains symptômes du SPM, bon nombre de femmes séropositives ont signalé une augmentation et une intensité plus forte des symptômes. Il existe autant de médicaments pour le SPM qu’il y a de symptômes et vous devrez peut-être tenter plusieurs approches ou combinaisons avant de trouver ce qui vous conviendra le mieux.

  • Un changement dans votre régime alimentaire, deux semaines avant vos règles, peut vous aider à combattre les symptômes du SPM. De nombreux spécialistes recommandent de réduire sa consommation de caféine et de sucre (susceptibles d’aggraver les symptômes), de sel (susceptible de contribuer à la sensation de gonflement) et d’alcool (susceptible d’aggraver la dépression).
  • Certaines femmes trouvent qu’un programme d’exercice régulier peut alléger les symptômes du SPM.
  • Prendre un supplément de 50 à 200 mg de vitamine B6 et de 200 à 800 UI de vitamine E pourrait également vous aider. La dose quotidienne d’amprénavir (Agenerase) contient déjà 1 744 UI de vitamine E, et les suppléments de vitamine E sont donc déconseillés aux personnes prenant ce médicament.
  • L’huile d’onagre, en capsules, peut également réduire les douleurs aux seins, le gonflement, l’irritabilité et la dépression. Essayez de prendre une à deux capsules, deux fois par jour, durant les deux premières semaines de votre cycle, puis augmentez la dose à six capsules par jour, durant les deux dernières semaines.
  • La prise de médicaments anti-inflammatoires qui apaisent les crampes, tels que Anaprox, Ponstan ou Otrin, peut diminuer vos symptômes de SPM.
  • Plusieurs médicaments de prescription peuvent également vous aider à alléger les symptômes émotionnels graves du SPM. Ativan est utile contre l’anxiété, alors que Prozac et Zanax peuvent atténuer les sautes d’humeur, l’irritabilité et la dépression.

À retenir

Les femmes séropositives peuvent présenter un large éventail de problèmes reliés aux menstruations qui peuvent ne pas être reliés directement au VIH.

Votre médecin de famille et(ou) votre gynécologue devrait vérifier tous ces problèmes.

Si la cause du problème est décelée, il existe souvent un traitement efficace. Si aucune cause n’est clairement identifiée, il existe tout de même des traitements qui peuvent alléger vos symptômes.

Références

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Auteur(s) : Maclean D

Traduction : Mayer F

Publié : 2000