Le T-20 (enfuvirtide, Fuzeon)

Sommaire

Le T-20 est un type de médicament anti-VIH appelé inhibiteur de fusion. À l’heure actuelle, il est prescrit uniquement aux personnes présentant une résistance à plusieurs autres médicaments anti-VIH. Le T-20 se prend à raison de 90 mg, deux fois par jour, par injection sous-cutanée (sous la peau). Les effets secondaires courants sont associés aux injections et peuvent comprendre démangeaisons temporaires, enflure et douleur ou sensibilité au toucher, ainsi que l’apparition de bosses aux points d’injection.

Qu’est-ce que le T-20?

Le T-20, vendu sous le nom de marque Fuzeon, est un type de médicament anti-VIH appelé inhibiteur de fusion. Le T-20 est utilisé en association avec d’autres médicaments anti-VIH pour traiter (mais non pour guérir) le VIH.

Comment le T-20 agit-il?

Le T-20 est le premier agent d’une classe relativement nouvelle de médicaments anti-VIH appelés inhibiteurs de fusion. Les inhibiteurs de fusion empêchent le VIH de s’attacher (fusionner) à la surface externe des cellules et, ainsi, d’entrer dans ces dernières.

Comparativement aux autres médicaments anti-VIH, le T-20 est une très grande molécule. Si on prenait le médicament par voie orale (sous forme de pilule), l’appareil digestif le dégraderait en petits morceaux qui n’auraient plus d’effet. Ainsi, le médicament doit être administré directement dans le sang pour être efficace. (Plusieurs autres médicaments anti-VIH peuvent se prendre par voie orale parce que l’appareil digestif laisse les petites molécules intactes.)

Comment les personnes vivant avec le VIH utilisent-elles le T-20?

Le T-20 est utilisé en combinaison avec d'autres médicaments anti-VIH appartenant à différentes classes. On appelle ce genre de combinaison une thérapie antirétrovirale ou TAR. Pour en savoir plus sur la TAR, consultez la publication de CATIE intitulée Votre guide sur le traitement du VIH.

Le T-20 est approuvé pour le traitement des adultes séropositifs déjà traités présentant une résistance à d’autres médicaments anti-VIH. (Voir « La résistance médicamenteuse » ci-dessous). Ni le T-20 ni aucun autre médicament anti-VIH ne permet de guérir le VIH. Il est donc important de faire ce qui suit :

  • consulter régulièrement son médecin pour assurer le suivi de son état de santé;
  • continuer d'avoir des relations sexuelles plus sécuritaires et de prendre d’autres précautions pour éviter de passer le VIH à d’autres personnes, ainsi que pour se protéger contre l’infection par d’autres souches du VIH et d’autres microbes.

Mises en garde

1. Infections pulmonaires

Lors des essais cliniques, on a observé davantage d’infections des poumons chez les patients ayant reçu du T-20 (3,6 % comparativement 0,6 % dans le groupe témoin). Parmi ces infections, on a constaté des pneumonies bactériennes et d’autres sortes de pneumonie. Environ la moitié des personnes qui ont fait une pneumonie ont dû être hospitalisées et plusieurs d’entre elles sont mortes. Il faut souligner, cependant, que toutes les personnes en question souffraient également d’autres maladies graves non apparentées au moment de leur mort.

2. Réaction d’hypersensibilité

Moins de 1 % des personnes recevant le T-20 ont une réaction d’hypersensibilité à ce dernier; il s’agit d’une grave réaction allergique qui peut causer éruptions cutanées, frissons, nausées, vomissements et/ou une chute de la tension artérielle. Toute personne qui croit faire une réaction d’hypersensibilité au T-20 devrait cesser d’utiliser le médicament et consulter immédiatement un médecin. Si une réaction d’hypersensibilité est confirmée, il ne faut pas recommencer à prendre le T-20.

Effets secondaires

1. Réactions aux points d’injection

Lors des essais cliniques, la majorité des patients sous T-20 (jusqu’à 98 %) ont fait état de réactions aux points d’injection (RPI) — cela veut dire que des symptômes se sont produits à l’endroit où l’injection a été effectuée, y compris douleur et inconfort, durcissement de la peau, rougeurs, bosses, démangeaisons et enflure. Seulement 4 % des patients environ ont dû cesser de prendre le T-20 à cause de ces réactions aux points d’injection. Ces réactions s’atténuent habituellement dans moins d’une semaine; le T-20 est injecté à un point différent chaque fois afin de donner aux symptômes le temps de s’estomper.

2. Autres effets secondaires

Parmi les autres effets secondaires rapportés par certains patients ayant reçu du T-20, on trouve la lymphadénopathie (enflure des ganglions lymphatiques).

Lors des essais cliniques, plusieurs effets secondaires se sont produits moins fréquemment chez les patients recevant le T-20 en association avec d’autres médicaments anti-VIH que chez les patients recevant d’autres médicaments anti-VIH sans le T-20; il s’agit notamment de nausées, de vomissements, de maux de tête et de fatigue.

Interactions médicamenteuses

Consultez toujours votre médecin et votre pharmacien au sujet de la prise de tout autre médicament, qu’il soit livré sur ordonnance ou en vente libre, y compris les plantes médicinales, les suppléments et les drogues récréatives.

Certains médicaments peuvent interagir avec le T-20. Cette interaction peut faire en sorte que le taux de T-20 augmente ou diminue dans votre corps. L’augmentation du taux de T-20 peut provoquer de nouveaux effets secondaires ou aggraver des effets secondaires existants. Par contre, si le taux de T-20 diminue excessivement, le VIH peut acquérir une résistance et vos options de traitement futures risquent de s’en trouver limitées.

Il peut également s’avérer nécessaire d’éviter les médicaments qui, même s’ils n’ont pas d’effet sur le taux de T-20, provoquent des effets secondaires semblables.

Si vous devez prendre un médicament qui est susceptible d’interagir avec vos médicaments existants, votre médecin peut faire ce qui suit :

  • ajuster les dosages de vos médicaments anti-VIH ou de vos autres médicaments;
  • prescrire d’autres médicaments anti-VIH pour vous.

Interactions médicamenteuses avec le T-20

Les médicaments suivants interagissent ou ont le potentiel d’interagir avec le T-20. Cette liste n’est pas exhaustive.

  • Il paraît que le T-20 fait augmenter le taux de tipranavir (Aptivus), un inhibiteur de la protéase; toutefois, cela n’a pas causé d’augmentation des effets secondaires lors des essais cliniques. Il reste qu‘un cas de toxicité hépatique  grave a été observé chez une personne séropositive sous tipranavir qui avait ajouté du T-20 à sa combinaison de médicaments. Les taux d’enzymes hépatiques de cette personne, qui était également co-infectée par l’hépatite B, se sont élevés jusqu’à plusieurs fois les limites normales.

Aucune autre interaction médicamenteuse importante n’a été observée lors des essais cliniques d’envergure sur le T-20; on estime donc généralement que les interactions entre ce médicament et les autres sont improbables.

Résistance et résistance croisée

Au fur et à mesure que de nouvelles copies de VIH sont fabriquées dans le corps, le virus modifie sa structure. On appelle ces modifications des mutations; les mutations peuvent permettre au VIH de résister aux effets des médicaments anti-VIH, ce qui veut dire qu’ils cesseront d’agir pour vous. Lorsque les mutations résistantes sont présentes en grande quantité, les personnes « lourdement prétraitées » (celles qui ont déjà reçu plusieurs traitements de diverses classes) peuvent avoir de la difficulté à trouver une combinaison de médicaments efficace.

Le T-20 peut être une option intéressante pour plusieurs personnes séropositives déjà traitées parce qu’elles n’ont pas encore été exposées aux inhibiteurs de fusion et n’ont donc pas acquis de résistance à cette classe. Plusieurs personnes ont réussi à faire passer leur charge virale sous le seuil des 50 copies grâce à une nouvelle thérapie comportant du T-20 et une combinaison « optimale » de médicaments anti-VIH choisie avec soin pour avoir le meilleur effet possible.

Pour maximiser les chances de succès du traitement et retarder l’apparition de la résistance médicamenteuse, on peut faire ce qui suit :

  • utiliser le T-20 en association avec le plus de médicaments anti-VIH actifs possible;
  • avoir recours aux tests de résistance et à l’expertise d’un spécialiste pour déterminer la meilleure combinaison de médicaments à associer au T-20;
  • commencer à prendre tous les nouveaux médicaments en même temps, plutôt que d’ajouter le T-20 à une combinaison existante.

Pour réduire le risque de résistance médicamenteuse, vous devez prendre tous vos médicaments anti-VIH tous les jours en suivant les posologies à la lettre. Si vous manquez ou retardez des prises, ou si vous ne respectez pas les prescriptions de votre médecin, le taux de T-20 risque de tomber trop bas. Si cela se produit, des virus résistants pourraient apparaître. Si vous avez de la difficulté à prendre vos médicaments de façon régulière et en suivant les instructions, parlez-en à votre médecin ou infirmière. Ils peuvent vous aider.

Posologie et formulations

La posologie standard du T-20 pour les adultes est de 90 mg, deux fois par jour, par injection sous-cutanée.

Le T-20 est offert sous forme de fioles stériles jetables dans lesquelles on trouve de l’enfuvirtide sous forme de poudre. Pour préparer chaque dose, on injecte de l’eau stérile (fournie avec le médicament) dans la fiole, on agite cette dernière puis on la laisse reposer. Ce procédé produit une solution reconstituée contenant 90 mg/mL d’enfuvirtide, dont une dose de un millilitre (90 mg) est ensuite injectée. Il est possible de préparer les deux doses quotidiennes en même temps car la solution reconstituée peut être réfrigérée jusqu’à 24 heures.

Les formulations peuvent varier, et il est possible que les posologies doivent être adaptées aux besoins de l’individu. On devrait prendre tous les médicaments conformément aux prescriptions de son médecin.

Accessibilité

Le T-20 est homologué au Canada pour le traitement de l’infection au VIH chez les adultes dont la thérapie précédente a échoué. Le T-20 doit être utilisé en association avec d’autres médicaments anti-VIH. Votre médecin peut vous renseigner davantage sur l’accessibilité et le remboursement du T-20 dans votre région. CATIE a créé un module électronique intitulé Programme fédéraux, provinciaux et territoriaux d’accès aux médicaments qui contient de l’information sur le remboursement des médicaments au Canada.

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Auteur(s) : Thaczuk D, Hosein SR

Traduction : Boutilier A

Publié : 2014