L’infection à cytomégalovirus (CMV)

Sommaire

L’infection à cytomégalovirus (CMV) est une infection virale pouvant toucher une seule partie de l’organisme, comme les yeux, ou se propager dans tout l’organisme. Avant la disponibilité de la TAR (thérapie antirétrovirale), il n’était pas rare pour les personnes atteintes du sida de présenter une infection à CMV. De nos jours, grâce à la TAR, les cas d’infection à CMV chez les personnes séropositives au Canada sont relativement rares. Les personnes vivant avec le VIH dont le compte de CD4 est inférieur à 50 cellules/mm3 courent un risque plus grand de présenter cette infection. Heureusement, le traitement des infections à CMV s’est considérablement amélioré au cours des dernières années.

Qu’est-ce qu’une infection à CMV?

C’est une infection grave causée par un virus appelé cytomégalovirus (CMV). Ce virus est relié aux virus de l’herpès qui entraînent la varicelle et la mononucléose.

L’infection à CMV compte parmi les infections qui peuvent apparaître chez les personnes vivant avec le VIH. Ces infections, qu’on appelle infections opportunistes, ne peuvent survenir que chez les personnes dont le système immunitaire est passablement affaibli, ce qui fait que l’organisme devient vulnérable à des infections qui ne seraient pas contractées en d’autres circonstances. La plupart des adultes sont porteurs du CMV à leur insu, parce que le virus n’entraîne aucun symptôme. Les symptômes de l’infection à CMV peuvent être confondus avec ceux d’une mononucléose chez les personnes dont le système immunitaire est gravement affaibli. Le CMV peut causer une maladie grave touchant différentes parties de l’organisme, le plus souvent les yeux (voir la section Symptômes ci-dessous).

Les personnes dont le système immunitaire est affaibli, en raison du VIH, d’un cancer, d’un usage de médicaments qui affaiblissent le système immunitaire sur une longue période, ou qui ont reçu du tissu transplanté, courent le risque de contracter le CMV.

Les personnes vivant avec le VIH qui courent le plus de risques de contracter l’infection à CMV ont tendance à présenter les caractéristiques suivantes :

  • compte de CD4 inférieur à 50 cellules/mm3
  • charge virale supérieure à 100 000 copies/ml
  • aucun traitement ou résistance à la TAR
  • antécédents d’infection à CMV ou d’autres infections potentiellement mortelles

Symptômes

La complication la plus courante de l’infection à CMV est la suivante :

  • Rétinite – Ceci implique l’inflammation de la partie sensible à la lumière des yeux, la rétine. Le CMV infecte ces cellules causant ainsi de l’inflammation et la mort de ces cellules. Généralement, au début, les personnes atteintes d’une rétinite à CMV n’ont aucun symptôme ou n’éprouvent que de légers symptômes affectant leur vision. D’autres présentent des symptômes plus graves. La rétinite peut se caractériser par une vision trouble, des taches aveugles, des éclairs lumineux et des taches sombres qui semblent flotter dans le champ de vision, et qu’on appelle parfois « corps flottants ».

Deux tiers des personnes chez qui on diagnostique une rétinite ne sont atteints que dans un seul œil. Sans la TAR ou sans traitement anti-CMV cependant, l’infection finit par toucher les deux yeux dans les 10 à 21 jours suivant l’apparition des premiers symptômes. Si on ne traite pas cette infection, elle entraîne une cécité permanente en trois à six mois. Si vous éprouvez des problèmes de vision, veuillez contacter votre médecin immédiatement.

Les autres maladies et symptômes liés au CMV peuvent inclure (mais sans s’y limiter) :

  • Œsophagite – Lorsqu’une infection à CMV touche l’œsophage (tube reliant la bouche à l’estomac). Les symptômes de cette complication incluent fièvre, nausées, déglutition douloureuse et enflure des ganglions lymphatiques.
  • Colite – Lorsqu’une infection à CMV touche le côlon (partie la plus longue du gros intestin). Les symptômes incluent fièvre, diarrhée, perte de poids, douleurs à l’abdomen (au ventre) et sensation générale de malaise.
  • Maladies du système nerveux central – Lorsqu’une infection à CMV touche le cerveau et la moelle épinière. Les symptômes incluent confusion, fatigue, fièvre, crises convulsives, faiblesse et engourdissement dans les jambes, et perte de la continence urinaire et fécale.
  • Pneumonie – Si une infection à CMV touche les poumons (rare chez les personnes séropositives).

Une infection à CMV qui s’est propagée dans tout l’organisme aura des symptômes qui peuvent être confondus avec ceux d’une mononucléose. Lorsqu’une infection s’est répandue dans tout le corps, on dit qu’elle est disséminée. Les symptômes d’une infection à CMV disséminée peuvent inclure une fatigue inattendue, une raideur des articulations, des douleurs musculaires, de la fièvre, une enflure des ganglions lymphatiques, un mal de gorge et une perte d’appétit.

Comme l’infection à CMV peut être dangereuse si elle n’est pas traitée rapidement, il est important de communiquer sans tarder avec votre médecin si vous avez le VIH et que vous présentez les symptômes d’une infection à CMV, peu importe votre compte de CD4.

Diagnostic

On a souvent recours aux analyses de sang et d’urine pour déceler et mesurer une infection à CMV. Une biopsie (intervention consistant à prélever un fragment de tissu qui sera ensuite examiné au microscope afin de déceler tout signe d’infection) pourrait être nécessaire pour confirmer un diagnostic de maladie à CMV, sauf bien sûr, si l’infection touche les yeux ou le système nerveux central.

Si votre médecin soupçonne la présence d’une rétinite à CMV, il vous orientera vers un ophtalmologiste (spécialiste des yeux) qui examinera vos yeux afin de confirmer la présence d’une rétinite à CMV.

En cas d’infection à CMV pendant une grossesse, votre médecin pourrait recommander un test appelé amniocentèse afin de déterminer si le fœtus est affecté par le CMV. Au cours de l’amniocentèse, le médecin introduit une longue aiguille fine dans l’abdomen jusque dans l’utérus pour prélever une petite quantité de liquide amniotique près du fœtus. Une infection à CMV peut causer du tort à un fœtus en développement. Si les tests révèlent que le fœtus est bien atteint d’une infection à CMV, le médecin vérifiera la présence d’anomalies congénitales ou de problèmes de santé chez le bébé après sa naissance et instaurera un traitement si possible.

Traitement

Les médicaments anti-CMV peuvent être pris par la bouche (par voie orale), par injection dans une veine (par voie intraveineuse ou i.v.) ou par application locale sur la région infectée. Dans le cas de la rétinite à CMV, par exemple, après utilisation d’un anesthésique local, le médicament peut être injecté dans l’œil afin de combattre l’infection. Le traitement est choisi, entre autres, en fonction de la partie du corps infectée, de la gravité de l’infection, de l’état de votre système immunitaire et des autres médicaments que vous prenez.

Les lignes directrices de traitement indiquent les options suivantes :

  • ganciclovir (Cytovene), valganciclovir (Valcyte), l’un ou l’autre de ces médicaments est administré par voie intraveineuse ou par voie orale
  • foscarnet (Foscavir), cidofovir (Vistide), l’un ou l’autre de ces médicaments est administré par voie intraveineuse

La TAR

Si on vous a diagnostiqué une infection à CMV et que vous ne suivez pas déjà une TAR, les lignes directrices sur le traitement recommandent que vous commenciez la TAR immédiatement. Celle-ci renforcera votre système immunitaire et vous aidera à combattre l’infection. Les personnes atteintes d’une infection touchant le système nerveux central et qui ne suivent pas déjà une TAR devraient d’abord suivre un traitement pour éliminer l’infection à CMV et attendre que les symptômes se soient atténués avant d’entreprendre une TAR. Consultez votre médecin avant de commencer ou d’arrêter un traitement.

Prévention des récidives

Une fois que l’infection à CMV aura disparue, votre médecin vous recommandera probablement de prendre des médicaments pour prévenir le retour de l’infection. Ces agents devront être pris pour le reste de votre vie, à moins que votre compte de CD4 reste supérieur à 100 cellules/mm3 pendant un minimum de trois à six mois par suite de la prise de la TAR.

Cependant, gardez en tête qu’un compte de CD4 élevé ne garantit pas que l’infection à CMV ne reviendra pas. Même les personnes dont le système immunitaire est renforcé et qui peuvent cesser de prendre des traitements anti-CMV peuvent présenter une récidive. Ainsi, dans de très rares cas, la rétinite peut réapparaître même si le compte de CD4 atteint 1250 cellules/mm3. Ce problème semble se produire, même si le compte de CD4 est peut-être élevé parce que le système immunitaire pourrait avoir perdu sa capacité à contrôler l’infection à CMV. La charge virale en VIH pourrait être légèrement élevée ou la hausse du compte de CD4 pourrait être temporaire. C’est pourquoi vous devriez voir votre ophtalmologiste de façon périodique, idéalement tous les trois mois, pour surveiller le retour d’une infection à CMV.

Prévention

La meilleure façon de réduire le risque de contracter une infection à CMV est de maintenir le compte de CD4 bien au-dessus de 100 cellules/mm3. La TAR peut aider à renforcer votre système immunitaire et à maintenir ce compte élevé. C’est généralement la meilleure façon de garder l’infection à CMV sous contrôle.

Les personnes vivant avec le VIH et dont le compte de CD4 est en dessous de 100 cellules/mm3 devraient consulter un ophtalmologiste de façon régulière pour surveiller l’apparition d’une rétinite, même en l’absence de symptômes. Si vous remarquez la présence de « corps flottants » (taches sombres qui semblent flotter dans votre œil) ou tout autre changement dans votre vision, prenez un rendez-vous avec votre ophtalmologiste dès que possible.

RÉFÉRENCES :

Walmsley SL, Raboud J, Angel JB, et al. Long-term follow-up of a cohort of HIV-infected patients who discontinued maintenance therapy for cytomegalovirus retinitis. HIV Clinical Trials. Jan-Feb 2006;7(1):1-9.

Lilleri D, Piccinini G, Baldanti F, et al. Multiple relapses of human cytomegalovirus retinitis during HAART in an AIDS patient with reconstitution of CD4+ T cell count in the absence of HCMV-specific CD4+ T cell response. Journal of Clinical Virology. 2003 Jan;26(1):95-100.

Reed JB, Briggs JW, McDonald JC, et al. Highly active antiretroviral therapy-associated regression of cytomegalovirus retinitis: long-Term results in a small case series. Retina. 2001;21(4):339-43.

Panel on Opportunistic Infections in HIV-Infected Adults and Adolescents. Guidelines for the prevention and treatment of opportunistic infections in HIV-infected adults and adolescents: recommendations from the Centers for Disease Control and Prevention, the National Institutes of Health, and the HIV Medicine Association of the Infectious Diseases Society of America. 19 October, 2015. Disponible à l'adresse : https://aidsinfo.nih.gov/guidelines

Auteur(s) : Koenig D et Hosein SR

Traduction : Côté A

Publié : 2016