Épidémiologie du VIH chez les hommes gais et autres hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes au Canada
Ce feuillet d'information résume l'épidémie du VIH au Canada chez les hommes gais et les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HRSH). Il fait partie d'une série de feuillets d'information épidémiologique accessible sur la situation du VIH/sida au Canada.
Toute information épidémiologique est approximative et basée sur les meilleures données à notre disposition. La plupart des données présentées ici sont tirées d'études de recherche, d'initiatives de surveillance de populations et d'estimations nationales de la situation du VIH. Les détails de ces sources sont fournis dans la section « D'où viennent ces chiffres? » à la fin du feuillet.
Comme d'autres populations, les hommes gais et les autres hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes risquent de contracter le VIH s'ils :
- ont des relations sexuelles anales ou orales non protégées (relation sexuelle sans condom); ou
- utilisent des seringues/aiguilles/instruments non stériles pour l'injection de drogues.
D'après une enquête nationale sur la santé, environ 2,1 % des hommes canadiens se disent gais ou bisexuels[1].
Dans une enquête nationale représentative de la population, 2,1 % des Canadiens de sexe masculin âgés de 18 à 59 ans ont déclaré être gais ou bisexuels[1]. Appliquée au nombre d'hommes de 18 ans et plus au Canada[2], cette statistique donne à penser qu'environ 247 000 hommes canadiens se considèrent gais ou bisexuels. Cela dit, il est important de souligner la possibilité que d'autres hommes aient des relations sexuelles avec des hommes sans se considérer gais ou bisexuels pour autant. Par conséquent, nous sous-estimons peut-être ici le nombre réel de HRSH au Canada.
D'après la surveillance épidémiologique de populations précises au Canada, plusieurs hommes gais et autres HRSH ont des pratiques sexuelles non sécuritaires qui leur font courir le risque de contracter le VIH.
Il est difficile de savoir combien de HRSH ont des comportements sexuels qui les exposent au risque de contracter le VIH, car les pratiques sexuelles sont pour bien des gens un sujet intime et délicat. Les meilleures données disponibles viennent de la surveillance épidémiologique de populations précises dans certaines régions du Canada. Notons qu'on ne peut pas faire de grandes généralisations à partir d'études réalisées pendant des périodes diverses et dans des endroits restreints.
Diverses études ont évalué un comportement sexuel à risque, soit les relations sexuelles non protégées avec des partenaires occasionnels. Entre 22 % et 31 % des HRSH ayant participé à ces études ont déclaré avoir eu des relations sexuelles non protégées avec un partenaire occasionnel au cours des six mois antérieurs.
- Dans une étude réalisée en 2007 à Victoria, 30 % des HRSH ont signalé avoir eu des relations sexuelles anales non protégées avec au moins un partenaire occasionnel, au cours des six mois précédents[3].
- Dans une étude réalisée en 2008 à Vancouver, 31 % des HRSH ont signalé avoir eu des relations sexuelles anales non protégées avec au moins un partenaire occasionnel, au cours des six mois précédents[4].
- Dans une étude réalisée en 2007 à Toronto, 28 % des HRSH ont signalé avoir eu des relations sexuelles anales non protégées avec au moins un partenaire occasionnel, au cours des six mois précédents[5].
- Dans une étude réalisée en 2007 à Ottawa, 22 % des HRSH ont signalé avoir eu des relations sexuelles anales non protégées avec au moins un partenaire occasionnel, au cours des six mois précédents[5].
- Dans une étude réalisée en 2005 à Montréal, 21 % des HRSH ont signalé avoir eu des relations sexuelles anales non protégées avec au moins un partenaire occasionnel, au cours des six mois précédents[6].
D'après les estimations nationales relatives au VIH, en date de 2008, 33 360 hommes avaient possiblement contracté le VIH lors de relations sexuelles non protégées avec des hommes (prévalence)[7].
D'après les estimations de la prévalence nationale de 2008, les relations sexuelles entre hommes pourraient avoir occasionné quelque 33 360 cas d'infection au VIH chez les HRSH, ce qui représente 51 % du nombre total de personnes séropositives[7]. Cette estimation inclut 31 330 hommes dont l'infection par le VIH a été attribuée à des relations sexuelles entre hommes, et un nombre additionnel de 2 030 hommes qui ont pu la contracter lors de tels relations ou encore par l'injection de drogues, car ces hommes ont déclaré (au moment où ils ont passé le test du VIH) avoir eu ces deux types d'activités (Figure 1)[7].
Figure 1. Pourcentage estimé de personnes vivant avec le VIH au Canada en 2008, par type d'exposition au VIH

D'après les estimations nationaux relatifs au VIH, une proportion de 19 % des hommes gais et HRSH qui vivaient avec le VIH en 2008 n'étaient pas au courant de leur séropositivité[7].
À la fin de 2008, on estime que 19 % des HRSH qui vivaient avec le VIH (soit 6 000 HRSH) n'avaient pas encore été diagnostiqués[7].
D'après les études publiées et la surveillance de populations précises au Canada, la prévalence du VIH chez les hommes gais et autres HRSH peut varier, selon la région, entre 3 % et 24 %.
Il est difficile d'établir exactement quelle proportion des HRSH du Canada vit avec le VIH. Si nous acceptons qu'il n'y a réellement que 247 000 hommes gais au pays et si l'estimation de 33 360 HRSH vivant avec le VIH est fiable (ou à peu près), alors nous pouvons calculer qu'environ 13,5 % des HRSH au Canada vivent avec le VIH.
Un autre moyen de calculer la proportion des HRSH vivant avec le VIH est de consulter les études et initiatives de surveillance de populations précises qui recueillent des renseignements à propos de l'état sérologique des participants, par autodéclaration ou à l'aide du test de dépistage du VIH. Ces études peuvent nous indiquer environ quel pourcentage des HRSH est porteur du VIH dans la collectivité. D'après des données tirées d'études et de la surveillance de populations, la prévalence du VIH chez les HRSH dans les villes canadiennes se situerait entre 11 % et 24 % :
- 18 % des HRSH ayant participé à une étude menée en 2008 à Vancouver ont été diagnostiqués séropositifs[4].
- 13 % des HRSH ayant participé à une étude menée en 2008 à Victoria ont été diagnostiqués séropositifs[3].
- 24 % des HRSH ayant participé à une étude menée en 2007 à Toronto ont été diagnostiqués séropositifs[5].
- 12 % des HRSH ayant participé à une étude menée en 2007 à Ottawa ont été diagnostiqués séropositifs[5].
- 13 % des HRSH ayant participé à une étude menée en 2005 à Montréal ont été diagnostiqués séropositifs[6].
- 11 % des HRSH ayant participé à une étude menée en 2005 à Halifax se sont déclarés séropositifs[8].
D'après les estimations nationales relatives au VIH, 47 % de tous les nouveaux cas de VIH au Canada en 2008 étaient des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes[7].
Il a été évalué qu'entre 1 000 et 1 900 nouveaux cas d'infection au VIH en 2008 étaient attribuables à des relations sexuelles entre hommes (soit 44 % de tous les nouveaux cas de séropositivité au VIH). Le nombre de nouveaux cas d'infection parmi les HRSH est stable depuis 2005[7].
Environ 50 à 130 autres nouveaux cas d'infection au VIH en 2008 ont été associés à des relations sexuelles entre hommes ou à l'injection de drogues (3 % de toutes les nouvelles infections). Ceci est similaire au nombre évalué de 40 à 130 nouveaux cas en 2005 pour lesquels on ne pouvait établir s'ils étaient dus à des relations sexuelles entre hommes ou à l'injection de drogues[7].
Principales définitions
Prévalence du VIH
le nombre total de personnes vivant avec le VIH à un moment donné. La prévalence nous indique combien de personnes sont atteintes du VIH.
Incidence du VIH
le nombre de nouveaux cas d'infection au VIH au cours d'une période de temps déterminée (habituellement un an). L’incidence nous indique combien de personnes contractent le VIH.
D'où viennent ces chiffres?
Études de recherche
Les études réalisées dans le cadre de projets de recherche afin d'examiner la prévalence de comportements à risque pour le VIH et/ou de déterminer l'état sérologique sont d'importants outils pour mieux comprendre l'épidémie dans des populations précises à risque. De telles études sont généralement dirigées par des chercheurs ou des organismes communautaires, à divers endroits du Canada.
Surveillance de populations précises
Grâce à l'Initiative fédérale de lutte contre le VIH/sida au Canada, l'ASPC demeure à l'affût des tendances dans la prévalence du VIH ainsi que des indicateurs de comportements associés au risque d'infection au VIH, dans les principales populations vulnérables identifiées au Canada, à l'aide de systèmes de surveillance de populations. Ces systèmes de surveillance, nommés systèmes « Track » [signifiant « suivi »], consistent en des enquêtes transversales périodiques dans des centres sélectionnés au pays.
Le système M-Track est un système national de surveillance épidémiologique auprès des hommes gais, bisexuels et autres hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HRSH). Dans le cadre de cette initiative, les participants remplissent un questionnaire et passent des tests de détection des anticorps anti-VIH, anti-hépatite C et anti-syphilis. Au 31 décembre 2009, six centres faisaient partie du système M-Track, au Canada. Ce système a été mis en œuvre initialement à Montréal, en 2005 (par couplage avec l'enquête Argus). En 2006 et 2007, quatre autres sites se sont joints à M-Track : Toronto et Ottawa (Lambda Survey), Winnipeg et Victoria. Plus de 4 500 hommes ont participé à M-Track entre 2005 et 2007. En 2008, un centre de Vancouver s'est aussi joint à M-Track (ManCount Survey).
Limites — Toutes les études utilisées comme sources pour ce feuillet d'information ont été menées auprès de HRSH qui se sont portés volontaires, dans des villes sélectionnées; par conséquent, les renseignements fournis ne représentent pas toute la population des HRSH du Canada.
Estimations de la prévalence et de l'incidence du VIH
L'ASPC fait appel à des techniques de modélisation mathématique pour fournir une image globale de l'épidémie chez les Canadiens diagnostiqués et non diagnostiqués. Ces modèles combinent des statistiques provenant de nombreuses sources, y compris la surveillance courante des cas, la surveillance de populations précises, l'information sur les comportements liés au dépistage du VIH, les données des programmes de traitement et des hypothèses éclairées. L'ASPC produit des estimations nationales de la prévalence et de l'incidence du VIH tous les trois ans. Ce feuillet d'information cite des estimations pour l'année 2008. Un résumé des estimations pour 2008 peut être consulté à www.phac-aspc.gc.ca/aids-sida/publication/survreport/estimat08-fra.php.
Remerciements
Nous remercions la Division de la surveillance et de l'évaluation des risques du Centre de la lutte contre les maladies transmissibles et les infections de l'Agence de la santé publique du Canada, et le Dr Robert Remis, MDCM, MPH, Dalla Lana School of Public Health, Université de Toronto, pour leurs judicieux commentaires.
Références
- Tjepkema M. « Utilisation des soins de santé par les gais, les lesbiennes et les bisexuels au Canada », Rapports sur la santé, vol. 19, no 1, 2008. Statistique Canada. No 82-003-X au catalogue. www.statcan.gc.ca/pub/82-003-x/82-003-x2008001-fra.pdf [consulté le 1er déc. 2010].
- Statistique Canada. Profil - Âge et sexe, pour le Canada, les provinces, les territoires, les divisions de recensement et les subdivisions de recensement, Recensement de2006. www.statcan.gc.ca/bsolc/olc-cel/olc-cel?catno=94-575-XCB2006002〈=fra [consulté le 1er déc. 2010].
- Public and Population Health Observatory Vancouver Island Health Authority. M-Track Victoria: Monitoring trends in the prevalence of HIV, viral hepatitis, other sexually transmitted infections, and associated risk behaviours among gay, bisexual, transgendered and other men who have sex with men. Phase I–Final report. Mai 2008. www.viha.ca/NR/rdonlyres/FBBE9AFA-313C-46B4-A017-6730FEEA1865/0/MTrack_V... [consulté le 1er déc. 2010].
- ManCount: Sizes up the Gap. A sexual health survey of gay men in Vancouver, 2010. www.mancount.ca/files/ManCount_Report2010.pdf [consulté en janv. 2011]
- Myers T, Remis S, Husbands W, Taleski SJ, Liu J, Allman D et Adam B. Technical report: Lambda survey: M-Track Ontario second generation surveillance. www.lambdasurvey.ca [consulté le 1er déc. 2010].
- Sommaire de l'enquête Argus 2005. www.argusquebec.ca/resultats/SommaireArgus2005.pdf [consulté le 1er déc. 2010].
- Agence de la santé publique du Canada. Actualités en épidémiologie du VIH/sida, juillet 2010, Division de la surveillance et de l'évaluation des risques, Centre de la lutte contre les maladies transmissibles, Agence de la santé publique du Canada, 2010.
- Westhaver R et Allan R. The Nova Scotia Sex Now Survey 2005: Continuity, change and HIV/AIDS. www.cbrc.net/attachments/135_SexNowSurveyHalifaxReport.pdf [consulté le 11 janv. 2011].
Ressources supplémentaires
Centre de contrôle des maladies infectieuses de la C.-B (en anglais)
Gouvernement de l'Alberta (en anglais)
Gouvernement de la Saskatchewan (en anglais)
Gouvernement du Manitoba (en anglais)
Unité de surveillance épidémiologique du VIH en Ontario (en anglais)
Gouvernement du Québec
Gouvernement du Nouveau-Brunswick
Gouvernement du Nunavut (en anglais)
Auteur(s) : Challacombe L
Traduction : Dussault J
Publié : 2011


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