La neuropathie périphérique

En bref :

La neuropathie périphérique (NP) est une forme d’endommagement nerveux qui touche plus particulièrement les extrémités (pieds et mains). Elle peut provoquer des sensations de fourmillement et d’engourdissement, ainsi que des douleurs. La NP peut résulter de la présence du VIH dans l’organisme ou de la prise de certains médicaments.

Qu’est-ce que la neuropathie périphérique?

La neuropathie périphérique (NP) est une forme d’endommagement nerveux qui se manifeste habituellement par des engourdissements, des fourmillements, des sensations de brûlure ou des douleurs au niveau des orteils et des pieds, et parfois, des doigts et des mains. Les personnes vivant avec le VIH sont vulnérables à la neuropathie soit en raison des effets directs du VIH sur le système nerveux et ce, à n’importe quelle phase de l’infection, soit à cause d’autres infections ou tumeurs qui affectent le système nerveux. La neuropathie périphérique peut également être un effet secondaire de certains médicaments, particulièrement les antirétroviraux tels que le ddI, le d4T et le ddC, ainsi que d’autres médicaments utilisés dans le traitement des affections liées au VIH comme la thalidomide, Flagyl (métronidazole), la dapsone, l’isoniazide et les médicaments anticancéreux telle la vincristine. Les drogues à usage récréatif, comme l’alcool, la cocaïne et les amphétamines peuvent entraîner une neuropathie périphérique.

Symptômes

La neuropathie périphérique peut provoquer des sensations de fourmillement, de brûlure ou d’engourdissement, ainsi que des douleurs. Les douleurs peuvent être graves au point de rendre les déplacements à pied difficiles. On peut également éprouver une hypersensibilité au toucher, de telle sorte que le simple fait de porter des chaussures ou des chaussettes, ou d’être couché sous des draps soit insupportable. Ces symptômes affectent habituellement les deux côtés du corps de façon égale. D’ordinaire, la NP se déclare dans les orteils et le bout des doigts, puis traverse les mains et les pieds pour s’étendre le long des bras et des jambes.

Traitement

La neuropathie périphérique causée par des médicaments disparaît parfois lorsqu’on arrête de prendre les médicaments en question. Il faut parfois plusieurs semaines, voire des mois, avant d’observer une amélioration.

Il n’existe aucun traitement satisfaisant contre les symptômes de la neuropathie périphérique ou pour soigner les dommages aux nerfs. Bien que les options de traitement mentionnées ci-dessous peuvent s’avérer efficaces seules (monothérapie) ou en association (multithérapie) chez certaines personnes, il arrive qu’elles ne donnent aucun résultat chez d’autres. Une grande partie des recherches effectuées en neuropathie périphérique ont été menées auprès de diabétiques, qui sont également vulnérables à cette affection.

Suppléments

On sait que les carences en vitamine B, et plus particulièrement en vitamines B6 et B12, peuvent donner lieu à une neuropathie périphérique. On peut donc envisager de prendre des suppléments de vitamines B1, B2, B6 et B12, qui procurent un certain soulagement chez certaines personnes en raison de leur rôle dans le fonctionnement approprié du système nerveux. Mais étant donné que de fortes doses de vitamine B6 (pyridoxine) peuvent également être responsables d’une certaine forme de neuropathie, la dose quotidienne ne devrait pas dépasser 200 milligrammes (mg).

L’acide alpha-lipoïque (que l’on appelle aussi acide thioctique) est un antioxydant autorisé en Allemagne pour le traitement de la neuropathie diabétique. Ses propriétés antioxydantes peuvent contribuer à protéger les nerfs contre l’inflammation et les dommages causés par le VIH.

L’acétyl-carnitine est un acide aminé dont peuvent manquer les personnes chez qui la NP est secondaire à un traitement par ddl, ddC ou d4T. La prise d’un supplément d’acétyl-carnitine peut se révéler utile pour prévenir ou traiter la neuropathie périphérique.

L’huile d’onagre contient des acides linoléiques, des composés aptes à procurer un soulagement des symptômes de neuropathie chez certains diabétiques.

Les suppléments sont de qualité et de prix variés. Avant d’essayer un supplément, il peut être préférable de parler à un naturopathe ou au personnel qualifié d’un magasin de produits pour la santé.

Médicaments d’ordonnance

Bien que l’on prescrive fréquemment des médicaments tels que l’amitriptyline (Elavil), la nortriptyline (Aventyl et autres) et l’imipramine (Tofranil), ils ne procurent que rarement le soulagement escompté, et leurs bienfaits s’estompent souvent après plusieurs semaines. Ces médicaments sont habituellement prescrits à faibles doses pour commencer, puis à des doses légèrement plus fortes si nécessaire. L’amitriptyline est à prendre au coucher parce qu’elle peut provoquer la somnolence.


La gabapentine (Neurontin), un médicament anti-épileptique, a été étudiée dans le traitement des neuropathies douloureuses liées au diabète. Après huit semaines de traitement à la gabapentine, les participants à l’étude souffraient beaucoup moins, dormaient mieux et bénéficiaient généralement d’une meilleure qualité de vie. La gabapentine se prend au début à raison d’une dose de 300 mg par jour, dose qui peut être augmenter à trois prises quotidiennes de 300 mg ou davantage si les symptômes ne s’améliorent pas.

Un autre médicament anti-épileptiques, le lamotrigène (Lamictal), peut également aider à maîtriser les douleurs causées dans les cas de neuropathie périphérique. On peut commencer par une dose de 50 mg par jour, puis augmenter graduellement les doses jusqu’à 150 mg deux fois par jour.

Les douleurs légères peuvent être soulagées au moyen d’un anti-inflammatoire comme l’ibuprofène ou le naproxen. Les douleurs aiguës et constantes peuvent nécessiter la prise d’analgésiques tels que Percocet ou même de morphine à libération lente.

Médicaments expérimentaux

Le facteur de croissance nerveuse (FCN), produit par Genetech, est une version artificielle du facteur de croissance naturel appelé neurotrophine, une protéine qui nourrit et entretient les nerfs. Le FCN a été étudié tant dans les cas de neuropathie diabétique que dans les cas de neuropathie liée au VIH, mais les résultats qui ont découlé de ces études étaient peu concluants. Bien que certains patients aient fait état d’un soulagement de leurs douleurs avec le FCN, les tests neurologiques n’ont pas révélé d’amélioration significative. On espérait que le FCN stimulerait la croissance nerveuse et réparerait les dommages, mais aucune preuve à cet effet n’a été mise en évidence. En avril 1999, Genetech a décidé de ne pas solliciter d’approbation de mise en marché de son produit auprès de la Food and Drug Administration (FDA) aux États-Unis.

Acuponcture

On a parfois recours à l’acuponcture dans le traitement des neuropathies périphériques. Deux essais cliniques récemment publiés sont arrivés toutefois à des résultats différents.

Dans une étude effectuée auprès de 46 diabétiques atteints de NP, 34 d’entre eux ont signalé une amélioration significative de leurs symptômes après six séances d’acuponcture, et seulement huit de ces derniers ont dû reprendre le traitement. Toutefois, seulement sept des 34 patients ont vu disparaître leurs symptômes complètement.

Les auteurs d’une étude de plus grande envergure menée auprès de 250 patients atteints de neuropathie périphérique liée au VIH ont comparé les effets de l’acuponcture à ceux de l’amitriptyline et d’un placebo. Les participants ont reçu des traitements d’acuponcture, soit aux points usuels d’acuponcture, soit à des points placebo (factice), ou encore, de l’amitriptyline ou un placebo. Les chercheurs n’ont observé aucune différence significative relativement au soulagement de la douleur entre les traitements actifs et les placebos. Les points d’acuponcture étudiés dans cet essai avaient été normalisés, de sorte que tous les patients subissent exactement le même traitement. Or comme les traitements d’acuponcture sont adaptés en fonction des besoins particuliers de chaque individu, les chercheurs en ont conclu que les traitements individualisés pourraient donner lieu à des résultats différents.

Références

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Auteur(s) : Maclean D, Shane A

Traduction : Côté A

Publié : 1999