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Projet Engage 

CATIE

2017

Une étude1 a démontré que, chez les personnes vivant avec le VIH qui ont abandonné leurs soins, une approche axée sur le réseau social peut les trouver et les aiguiller avec succès vers des soins pour le VIH. En utilisant cette approche axée sur le réseau social, le Projet Engage a aiguillé 69 % des participants vers des soins dans les trois mois suivant leur inscription, et a fait en sorte que 79 % d’entre eux ont poursuivi leurs soins. En douze mois, 40 % des participants ont atteint une charge virale indétectable, ce qui représentait une augmentation considérable par rapport à la première fois qu’on les avait aiguillés vers des soins (26 %).

Le Projet Engage

Le Projet Engage est un programme d’aiguillage vers les soins du comté de Los Angeles qui cible les personnes vivant avec le VIH qui ont abandonné leurs soins. Les leaders d’opinion et les autres personnes qui n’étaient pas nécessairement séropositives, mais qui possédaient de vastes réseaux sociaux (que l’on appelle des seeds en anglais soit des graines/des recruteurs) ont été recrutés pour, à leur tour, recruter des personnes séropositives qui avaient abandonné leurs soins (que l’on appelle des alters en anglais soit des alliés) et les engager vers les soins pour le VIH. Dans le cadre de cette étude, le personnel du programme a également recruté des personnes vivant avec le VIH qui avaient abandonné leurs soins par le biais de la sensibilisation passive (dépliants et cartes de poche) et de la sensibilisation active (en se rendant dans les endroits où les personnes séropositives ont tendance à flâner).

On a demandé au personnel des organismes, comme des refuges pour les sans-abris et des programmes pour traiter l’utilisation de drogues ou d’alcool, de recruter des personnes en se servant d’un formulaire de présélection qui identifiait les personnes possédant de vastes réseaux sociaux. On demandait aux recruteurs potentiels :

  • S'ils connaissaient des personnes au sein de leur réseau social qui vivaient avec le VIH et qui avaient abandonné leurs soins
  • Le nombre de personnes qui avaient abandonné leurs soins et qu’ils connaissaient
  • S'ils se sentaient à l’aise de parler à leurs amis de leur statut VIH et de leurs soins liés au VIH

Les recruteurs obtenaient 10 coupons dotés d'un numéro d’identification associant les alliés aux recruteurs qui les avait référés. Un allié était défini comme une personne séropositive qui possédait au moins l’une des caractéristiques suivantes :

  • Le système de surveillance du VIH du comté de Los Angeles ne signalait pour cette personne aucun test de laboratoire pour le VIH depuis plus de 12 mois
  • Le système de surveillance du VIH du comté de Los Angeles ne signalait pour cette personne aucun test de laboratoire pour le VIH durant les six à douze derniers mois ET cette personne avait une charge virale détectable lors de son dernier test de mesure de charge virale
  • Cette personne avait récemment été libérée de prison, d’un établissement résidentiel de traitement ou d’une autre institution et elle ne possédait pas de fournisseur de soins VIH régulier
  • Cette personne présentait moins de deux visites médicales durant une période de 12 mois avec le même fournisseur de soins VIH
  • Elle avait récemment reçu un diagnostic de VIH et n’avait effectué aucune visite médicale dans les trois mois suivant son diagnostic

Les recruteurs et les alliés ont tous les deux reçu 40 $ US pour avoir rempli un questionnaire du Projet Engage. Ces derniers obtenaient également 40 $ US lorsqu’un allié effectuait sa première visite médicale. Les alliés qui effectuaient leur première visite médicale étaient ensuite admissibles à devenir des recruteurs.

Au moment même où les recruteurs recrutaient des alliés au sein de leurs réseaux sociaux, le personnel du Projet Engage recrutait des recruteurs et des alliés directement dans les endroits publics et il distribuait aux organismes et aux cliniques des dépliants et des cartes de poche sur le programme, en plus de les afficher dans les endroits publics.

Lorsqu’un allié admissible était identifié par le personnel du projet ou par les recruteurs, il rencontrait un membre compétent du personnel pour évaluer ses besoins. Les alliés qui ne souhaitaient pas obtenir des soins recevaient de l’éducation sur l’importance des soins liés au VIH, et on leur demandait si le personnel pouvait continuer de faire un suivi avec eux.

Les alliés ayant été identifiés par le personnel du projet et par les recruteurs, et qui souhaitaient accéder à des soins, étaient aiguillés par le personnel du projet vers une clinique spécialisée en VIH dotée d’une équipe médicale de coordination. Les cliniques possédant des équipes médicales de coordination ont recours aux services d’une infirmière, d’un gestionnaire de cas et d’un travailleur social et possèdent les ressources pour appuyer et retenir les clients présentant des besoins complexes en matière de santé et de services sociaux. L’équipe coordonne ses activités avec les fournisseurs de soins médicaux et aiguille les clients vers un traitement contre l’utilisation de drogues ou d’alcool, vers des services de santé mentale, d’aide au logement ou au transport et vers d’autres services non médicaux.

Le personnel du Projet a aidé des alliés à choisir une clinique, à prendre leur premier rendez-vous, a envoyé des rappels, a fourni le transport et les a accompagnés pour leur première visite.

Qui a été rejoint par le Projet Engage?

Le Projet Engage a recruté 62 recruteurs admissibles et 112 alliés admissibles. Les recruteurs ont recruté 67 % des alliés et le personnel du projet en a recruté 33 %. La majorité des recruteurs ont recruté entre une et quatre personnes admissibles au sein de leurs réseaux sociaux; un recruteur a même recruté 59 personnes admissibles dans ses réseaux sociaux.

La plupart des alliés (61 %) étaient âgés d’entre 30 et 49 ans, 80 % étaient des hommes, 14 % étaient des femmes trans, 60 % étaient des hommes gais, 23 % étaient bisexuels, 38 % étaient des Afro-Américains et 22 % des latinos. La plupart (89 %) avaient un revenu annuel de moins de 12 000 dollars US par année, 63 % étaient handicapés ou bénéficiaient de l’aide sociale et 60 % possédaient une assurance publique. Les alliés ont signalé être sans-abris (78 %), avoir utilisé des drogues (74 %), avoir été incarcérés dans les douze derniers mois (50 %), s’être livrés au commerce du sexe dans les six derniers mois (32 %) et s’être injectés de la drogue dans les trois derniers mois (24 %).

Les antécédents médicaux des alliés ont démontré que :

  • 68 % avaient déjà suivi un traitement anti-VIH (TAR) par le passé
  • 47 % avaient récemment été libérés de prison où ils n’avaient pas de fournisseur spécialisé en VIH régulier
  • 38 % n’avaient effectué aucune visite médicale liée au VIH durant plus de douze mois avant leur inscription
  • 24 % avaient seulement reçu des soins liés au VIH en prison ou pénitencier au cours des cinq dernières années
  • 14 % venaient de recevoir un diagnostic de VIH et n’avaient effectué aucune visite médicale dans les trois mois après leur diagnostic
  • 11 % n’avaient effectué aucune visite médicale liée au VIH depuis sept à douze mois et leur charge virale était détectable lors de leur dernier test de mesure de charge virale

Lorsqu’on a demandé aux alliés quels services ils nécessitaient le plus, 96 % d’entre eux ont signalé avoir besoin de soins médicaux, 91 % avaient besoin de gestion de cas, 89 % avaient besoin de services de santé généraux et 81 % avaient besoin de counseling en santé mentale. Les obstacles les plus courants ayant été signalés étaient la difficulté à s’orienter dans le système de santé (26 %), l’utilisation de drogues et d’alcool (14 %) et l’incarcération (10 %).

La plupart des personnes vivant avec le VIH et ayant abandonné leurs soins ont été aiguillées vers des soins et les ont maintenus

Des 112 alliés recrutés par le Projet Engage, 69 % ont été aiguillés vers des soins dans les trois mois suivant leur inscription, 5 % dans les quatre à six mois, 8 % dans les sept à douze mois et 4 % après plus de douze mois. Quinze pour cent (17 participants) ont été perdus au suivi.

Soixante-dix-neuf pour cent des alliés ont poursuivi leurs soins, définis comme un deuxième test de mesure de charge virale entre six et douze mois après l’aiguillage vers les soins.

Une augmentation considérable de la charge virale indétectable chez les participants

Vingt-six pour cent des alliés avaient une charge virale indétectable lorsqu’ils ont d’abord été aiguillés vers des soins. Ce pourcentage a augmenté de façon significative pour atteindre 40 % au moment de leur deuxième test de mesure de charge virale.

Les participants ayant été aiguillés vers des soins considèrent comme acceptable le Projet Engage

Parmi les 75 alliés ayant rempli un sondage au sujet du Projet Engage, 100 % d’entre eux recommanderaient le programme aux autres, 100 % étaient satisfaits du programme et 81 % ont indiqué qu’ils n’auraient pas cherché à obtenir des soins liés au VIH sans le programme.

Qu’est-ce que cela signifie pour les fournisseurs de services canadiens?

Un aiguillage efficace et durable vers les soins est essentiel pour améliorer la santé des personnes vivant avec le VIH. Un aiguillage efficace peut mener les personnes prêtes à entamer un traitement anti-VIH. Un traitement efficace (entraînant une charge virale indétectable) permet à une personne séropositive de vivre longtemps et en santé.2 La participation à un traitement et à des soins peut également avoir d’importantes répercussions sur la prévention du VIH. Les personnes qui suivent des soins, sont sous la TAR et qui présentent une charge virale indétectable sont beaucoup moins susceptibles de transmettre le VIH aux autres. Des études montrent d’ailleurs que les personnes qui maintiennent une charge virale indétectable ne transmettent pas le VIH à leurs partenaires sexuels.

La présente étude démontre que les réseaux sociaux peuvent constituer un moyen de recruter des personnes pour les soins. Elle comporte toutefois d’importantes limites. L’efficacité du programme reposait, en partie, sur ce que les auteurs de l’étude ont décrit comme étant une « super graine/recruteur », soit un participant ayant recruté la plupart des alliés. Au moment d’élaborer une intervention fondée sur le réseau social, comme le Projet Engage, les fournisseurs de services canadiens devraient envisager des stratégies pour identifier davantage de super graines/recruteurs.

Les approches fondées sur le réseau social pour le travail lié au VIH sont utilisées au Canada pour aiguiller les personnes vers le dépistage du VIH. La région sanitaire de Saskatoon utilise une approche axée sur le réseau social pour encourager le dépistage du VIH et le counseling lors d’éclosion du VIH; SIDA Bénévoles Montréal a déjà utilisé une stratégie axée sur le réseau social pour recruter des hommes gais, bisexuels et des hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes afin de subir un test de dépistage du VIH. 

Références

  1. Wohl AR, Ludwig-Barron N, Dierst-Davies R, et al. Project Engage: Snowball sampling and direct recruitment to identify and link hard-to-reach HIV-infected persons who are out of care. Journal of Acquired Immune Deficiency Syndromes. 2017 Feb 6;1. (in press)
  2. CANOC collaboration, Patterson S, Cescon A, Samji H, et al. Life expectancy of HIV-positive individuals on combination antiretroviral therapy in Canada. BMC Infectious Diseases. 2015 Dec;15(1):274. Disponible à l'adresse : http://bmcinfectdis.biomedcentral.com/articles/10.1186/s12879-015-0969-x